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February 22, 2026

Sémiologie et Analyse de Discours

La sémiologie (ou sémiotique) est l’étude des signes et de la signification. Elle pose une question simple mais vertigineuse : comment un son, une image, un geste en viennent-ils à vouloir dire quelque chose ? L’analyse de discours, sa cousine, déplace la question vers les énoncés en contexte : qui parle, à qui, dans quel cadre de pouvoir.

Sémiologie — la fondation§

Ferdinand de Saussure (1857-1913) — le signe dyadique§

Linguiste suisse, père de la linguistique structurale. Pour lui, un signe linguistique est composé de deux faces inséparables, comme le recto et le verso d’une feuille :

flowchart LR
    Signifiant["Signifiant<br/>(sons : /arbr/)"] <-->|signe| Signifie["Signifié<br/>(concept : arbre)"]
    Signe[SIGNE] -.-> Signifiant
    Signe -.-> Signifie

Arbitraire du signe : aucun lien naturel entre /arbr/ et l’idée d’arbre — les Anglais disent tree, les Allemands Baum. La preuve par la diversité des langues.

Langue vs parole : la langue est le système collectif (le code partagé) ; la parole, son usage individuel et concret. Comme la différence entre les règles des échecs et une partie particulière.

Charles Sanders Peirce (1839-1914) — le signe triadique§

Philosophe américain, fonde la sémiotique (terme plus large que sémiologie). Le signe a trois pôles, pas deux :

flowchart TD
    Signe["SIGNE (representamen)<br/>la fumée"]
    Objet["OBJET<br/>le feu (cause réelle)"]
    Interpretant["INTERPRÉTANT<br/>« il y a un feu »"]
    Signe --> Objet
    Signe --> Interpretant
    Objet -.-> Interpretant

Trois types de signes (la classification la plus utilisée de Peirce) :

TypeLien signe↔objetExemple
Icôneressemblancephoto, pictogramme, carte géographique
Indiceconnexion causale ou physiquefumée → feu ; empreinte → pas ; fièvre → maladie
Symboleconvention puremot, drapeau, croix religieuse, panneau STOP

Roland Barthes (1915-1980) — la sémiologie de la culture§

Applique Saussure aux objets culturels (publicités, mode, lutte, cuisine). Dans Mythologies (1957), il décortique les mythes ordinaires : le steak-frites, la DS Citroën, le visage de Garbo.

Dénotation vs connotation — un même signe a deux niveaux :

ImageDénotation (sens littéral)Connotation (sens culturel)
Une rose rougeune fleurl’amour, la passion
Un soldat noir saluant le drapeau français (couverture Paris Match)un militaire« la France est un empire impérial où tous, sans distinction de couleur, servent fidèlement sous son drapeau » (Barthes)
Un verre de vin rougeboisson alcooliséela France, la convivialité, la table

Pour Barthes, le mythe est une connotation qui se fait passer pour une dénotation — c’est-à-dire qui naturalise une idéologie.

Analyse de discours — du signe au pouvoir§

L’analyse de discours ne demande plus que veut dire ce mot ? mais qui peut dire quoi, dans quel cadre, avec quels effets ?

Michel Foucault (1926-1984) — le discours comme pouvoir§

Dans L’Ordre du discours (1971), Foucault montre que tout discours est régulé par des procédures d’exclusion :

Exemple concret : au XIXe siècle, le discours médical sur l’« hystérie » féminine n’était pas neutre — il définissait ce qu’une femme normale devait être, et pathologisait l’écart.

Norman Fairclough — Critical Discourse Analysis (CDA)§

Méthode anglo-saxonne qui analyse comment les discours quotidiens (publicité, presse, politique) reproduisent les rapports de domination.

Exemple : la phrase « les migrants affluent à la frontière » contre « des familles fuient la guerre vers l’Europe » — même fait, deux constructions discursives qui orientent le jugement (« afflux » naturalise une menace ; « familles » humanise).

Dominique Maingueneau — l’analyse française§

Étudie les scènes d’énonciation : un même mot ne signifie pas la même chose dans un sermon, un tweet, un discours politique ou un roman. Le contexte d’énonciation fait partie du sens.

Pourquoi cela compte§

La sémiologie et l’analyse de discours offrent une boîte à outils critique :

—The Gardener