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May 17, 2026

Le Communisme au XXe siècle

Le communisme comme régime politique et historique se distingue du marxisme comme corpus théorique : il en est une réalisation partielle, contestée, et déformée. De 1917 à 1991, le communisme a gouverné jusqu’à un tiers de la population mondiale, structuré la Guerre froide, et laissé un bilan qui reste l’un des plus discutés du siècle.

Marxisme et communisme : une distinction essentielle§

NiveauDéfinition
MarxismeCorpus théorique de Marx et Engels — philosophie, économie politique, théorie de l’histoire
Communisme (utopie)Société sans classes, sans État, sans propriété privée, telle que projetée par Marx
Communisme (mouvement)Partis et organisations se réclamant du marxisme depuis 1917
Communisme (régime)États gouvernés par un parti communiste au pouvoir

Marx n’a jamais vu de régime communiste ; tous ceux qui se réclament de lui surgissent après sa mort. La question — « Marx est-il responsable du goulag ? » — reste l’une des plus débattues du siècle.

1917 : la rupture bolchevique§

La Révolution russe§

Février 1917    Chute du tsar Nicolas II, gouvernement provisoire
Avril           Retour de Lénine — "Thèses d'avril" : tout le pouvoir aux soviets
Octobre         Coup de force bolchevique à Petrograd
1918-1921       Guerre civile, communisme de guerre, intervention étrangère
1921            NEP (Nouvelle Politique Économique), recul tactique
1922            Création de l'URSS
1924            Mort de Lénine — début de la succession

Léninisme : l’innovation théorique§

Lénine ajoute au marxisme trois éléments décisifs qui définiront tout le communisme du XXᵉ :

Cette dernière thèse justifie a posteriori le décalage entre les prédictions de Marx (révolution en Angleterre, Allemagne) et la géographie réelle des révolutions communistes (Russie, Chine, Cuba, Vietnam).

L’Internationale communiste (Komintern, 1919-1943)§

Fondée par Lénine pour fédérer les partis communistes mondiaux, le Komintern impose :

Le Komintern transforme le communisme en mouvement mondial coordonné depuis Moscou — au prix de subordinations parfois suicidaires (cas du PC allemand face au nazisme).

Le stalinisme (1924-1953)§

À la mort de Lénine, Staline élimine progressivement Trotsky, Zinoviev, Kamenev, Boukharine. Sous son pouvoir :

DomaineTrait dominant
Doctrine« Socialisme dans un seul pays » — abandon de la révolution mondiale
ÉconomiePlans quinquennaux (à partir de 1928), industrialisation à marche forcée
AgricultureCollectivisation (1929-1933) — destruction de la paysannerie, famine en Ukraine (Holodomor, 3-5 millions de morts)
PolitiqueGrandes Purges (1936-1938), procès de Moscou, exécutions et déportations
Système concentrationnaireGoulag — jusqu’à 2,5 millions de détenus simultanés en 1953
IdéologieCodification du marxisme-léninisme ; Diamat (matérialisme dialectique) en doctrine d’État
CultePersonnalité, falsification de l’histoire, déstalinisation seulement en 1956 (rapport Khrouchtchev)

Le stalinisme installe un modèle dont les autres régimes communistes hériteront, plus ou moins atténué : parti unique, planification centrale, police politique, terreur sélective.

L’expansion : 1945-1979§

Le bloc de l’Est§

Après 1945, l’Armée rouge installe des régimes communistes dans toute l’Europe centrale et orientale :

Le bloc soviétique se fissure avec les insurrections de Berlin-Est (1953), Budapest (1956), le Printemps de Prague (1968) — tous écrasés militairement. La doctrine Brejnev (1968) consacre la « souveraineté limitée » des pays frères.

La Chine maoïste§

1921    Fondation du Parti communiste chinois
1934-35 Longue Marche
1949    Proclamation de la République populaire de Chine
1958-62 Grand Bond en avant — famine, 15 à 45 millions de morts
1966-76 Révolution culturelle — purges, persécutions des intellectuels
1976    Mort de Mao
1978    Réformes de Deng Xiaoping

Innovations maoïstes par rapport au léninisme :

Communismes du Tiers-monde§

Les hérésies et révisions§

Trotskisme§

Léon Trotsky, exclu en 1927 puis assassiné à Mexico en 1940, critique le « stalinisme » au nom de :

La Quatrième Internationale (1938) reste marginale mais influence durablement l’extrême gauche occidentale.

Eurocommunisme (années 1970)§

Les partis communistes italien (Berlinguer), espagnol (Carrillo) et français (Marchais) tentent une autonomie vis-à-vis de Moscou :

L’expérience échoue : elle ne convainc ni l’Est (qui dénonce une trahison) ni les électeurs occidentaux (qui ne croient pas à la sincérité de la conversion).

Titisme et autogestion§

La Yougoslavie de Tito développe un modèle propre : non-alignement, autogestion ouvrière des entreprises, planification indicative. Influence sur la nouvelle gauche occidentale des années 1968.

L’effondrement (1989-1991)§

Causes§

FacteurDétail
ÉconomiqueStagnation à partir des années 1970, retard technologique, course aux armements ruineuse
IdéologiqueÉpuisement de l’utopie, génération sans foi dans le projet
PolitiqueGlasnost et perestroïka de Gorbatchev (1985-) ouvrent une brèche que le système ne peut combler
SocialSociété civile (Solidarność en Pologne dès 1980, Charte 77 en Tchécoslovaquie)
ExternePression militaire et économique américaine, guerre d’Afghanistan

Chronologie de la chute§

1980      Solidarność en Pologne
1985      Gorbatchev au pouvoir en URSS
1989      Chute du mur de Berlin, révolutions de velours dans toute l'Europe centrale
1990      Réunification allemande
1991      Putsch raté à Moscou, dissolution de l'URSS en 15 États
1991      Dissolution du Pacte de Varsovie et du CAEM

L’effondrement est essentiellement pacifique — à l’exception notable de la Roumanie (Ceaușescu exécuté, décembre 1989) et de la guerre civile yougoslave (1991-1999).

Les survivants§

Cinq États se réclament encore officiellement du communisme :

À l’exception de la Corée du Nord, tous ont abandonné l’économie planifiée pour une forme de capitalisme contrôlé par le parti — ce qui fait dire à certains qu’il s’agit moins de régimes communistes que de dictatures de parti dans une économie capitaliste.

Bilan§

Démographique§

Les estimations varient considérablement selon les méthodologies. L’ouvrage de référence (et de polémique) reste Le Livre noir du communisme (Courtois, 1997) :

CauseEstimations
Famines (URSS années 1930, Chine 1959-1961, Corée 1990s)30 à 50 millions
Exécutions politiques, purges5 à 10 millions
Goulag et camps5 à 10 millions
Déportations de peuplesplusieurs millions
Khmers rouges (proportionnellement le pire)1,7 million

Le chiffre global proposé par Courtois — 85 à 100 millions de morts — est contesté méthodologiquement (inclusion des morts indirects des famines, agrégation hétérogène), mais aucun historien sérieux ne nie l’ampleur de la mortalité politique.

Économique§

Sociaux§

À mettre au crédit objectif des régimes :

À leur passif :

Post-communisme§

Après 1991, les sociétés post-communistes connaissent des trajectoires divergentes :

L’arrivée au pouvoir de partis nostalgiques (Russie unie en Russie, alliances néo-communistes en Moldavie, en Bulgarie) entretient des controverses récurrentes sur la mémoire de la période.

Débats historiographiques§

La question de fond reste : Le communisme historique est-il une dévoiement du projet marxien (« le socialisme n’a jamais été essayé ») ou son aboutissement logique ? Les réponses divisent encore aujourd’hui historiens, philosophes et acteurs politiques.

Pour aller plus loin§

—The Gardener