L'Empire Russe (XVIIIe–XIXe siècle)
L’Empire russe est l’une des plus grandes puissances mondiales de son époque, s’étendant sur trois continents. Il naît véritablement avec les réformes de Pierre le Grand et s’effondre en 1917 avec la révolution bolchevique.
Pierre le Grand (1682–1725) — La modernisation forcée§
Pierre Ier est obsédé par une idée : faire de la Russie une puissance européenne moderne. Il voyage incognito en Europe occidentale pour apprendre de ses voisins, revient, et impose ses réformes par la force.
Réformes majeures :
- Réorganisation complète de l’armée sur le modèle occidental
- Création d’une marine de guerre
- Fondation de Saint-Pétersbourg (1703) — une “fenêtre sur l’Europe” construite dans les marais
- Réforme de l’administration et de la fiscalité
- Obligation pour la noblesse de porter des vêtements européens, de se raser la barbe
- Création de l’Académie des sciences
Limites : le servage reste intact. La modernisation est superficielle — elle touche l’élite, pas la paysannerie.
L’ère des tsarines (1725–1762)§
Après la mort de Pierre le Grand, la Russie traverse une période d’instabilité. Ses successeurs (souvent des femmes) dilapident une partie de ses acquis en multipliant les concessions à la noblesse.
- Anne Ière (1730–1740) : règne dominé par des favoris allemands
- Élisabeth Ière (1741–1762) : fille de Pierre le Grand, mécène des arts, fonde l’Université de Moscou (1755)
Catherine II la Grande (1762–1796) — Le despotisme éclairé§
Catherine II s’impose après avoir fait déposer (et tuer) son mari Pierre III. Allemande de naissance, elle correspond avec Voltaire et Diderot, invite ce dernier à Saint-Pétersbourg.
Réalisations :
- Extension du territoire (victoires contre l’Empire ottoman et la Suède)
- Partages de la Pologne avec la Prusse et l’Autriche
- Codification des lois, réforme administrative
- Développement de l’instruction publique pour la noblesse
Contradiction fondamentale : Catherine se dit éclairée mais maintient et renforce le servage. La révolte de Pougatchev (1773–1775), immense jacquerie paysanne, est écrasée dans le sang.
Alexandre Ier et les guerres napoléoniennes (1801–1825)§
Après l’assassinat de Paul Ier (son propre père), Alexandre Ier monte sur le trône.
- Allie d’abord avec Napoléon (Tilsit, 1807), puis rompt
- Invasion française (1812) : Napoléon prend Moscou incendiée, mais l’hiver russe et la guérilla le forcent à une retraite catastrophique
- Les armées russes poursuivent jusqu’à Paris (1814)
- Alexandre joue un rôle central au Congrès de Vienne (1815), qui redessine l’Europe post-napoléonienne
Nicolas Ier (1825–1855) — La réaction absolue§
Son règne débute par la révolte des Décembristes (décembre 1825) — des officiers libéraux qui réclament une constitution. Nicolas l’écrase et se radicalise.
- Politique de censure, de surveillance et de répression généralisée
- La Russie devient la “gendarmerie de l’Europe” (intervient pour écraser les révolutions en Hongrie et Pologne)
- Industrie qui se développe mais sur une main-d’œuvre servile inadaptée
- Guerre de Crimée (1853–1856) : défaite humiliante face à la France et au Royaume-Uni, révèle le retard militaire et industriel de la Russie
Alexandre II (1855–1881) — Le “Tsar libérateur”§
Sous le choc de la défaite en Crimée, Alexandre II engage les plus grandes réformes depuis Pierre le Grand.
- Abolition du servage (1861) — 23 millions de serfs libérés, mais sans terre suffisante
- Réforme judiciaire (tribunaux indépendants, jury)
- Réforme militaire
- Développement du chemin de fer
Fin tragique : Malgré (ou à cause de) ses réformes, il est assassiné en 1881 par des révolutionnaires populistes. Son successeur Nicolas II, traumatisé, inversera toutes les réformes libérales.
La chute de l’Empire (1881–1917)§
- Alexandre III (1881–1894) et Nicolas II (1894–1917) : retour à la répression
- Révolution de 1905 : défaite contre le Japon, soulèvements populaires, Dimanche Sanglant — Nicolas II cède une constitution mais la viole rapidement
- Première Guerre mondiale : l’armée russe s’effondre, la famine s’installe
- Révolution de Février 1917 : abdication de Nicolas II
- Révolution d’Octobre 1917 : les Bolcheviks prennent le pouvoir — fin de l’Empire