Sécurité Réseau
Firewalls§
Un firewall filtre le trafic entre des zones de confiance différentes selon des règles. Deux approches fondamentales :
Stateless vs Stateful§
| Type | Principe | Limites |
|---|---|---|
| Stateless (filtrage de paquets) | Chaque paquet évalué indépendamment (IP src/dst, port, protocole) | Ne voit pas les connexions ; facile à contourner avec des paquets ACK forgés |
| Stateful | Maintient une table des connexions établies ; un paquet retour est autorisé seulement s’il correspond à une session initiée | Standard depuis 20 ans. Plus de mémoire, mais bien plus sûr |
Next-Generation Firewall (NGFW)§
Les NGFW ajoutent à l’inspection stateful :
- Deep Packet Inspection (DPI) — analyse le contenu applicatif (pas juste les en-têtes)
- Identification applicative — distingue YouTube de HTTPS générique sur le même port 443
- IPS intégré — détection de signatures et comportements
- Filtrage URL / catégorie — blocage par réputation
- Déchiffrement TLS — inspection du trafic chiffré (MITM légitime, pose des questions de vie privée)
Exemples : Palo Alto, Fortinet FortiGate, Cisco Firepower, pfSense (open source, stateful + packages).
Bonnes pratiques firewall§
- Default deny : tout est bloqué sauf ce qui est explicitement autorisé
- Principe du moindre privilège : ouvrir le minimum nécessaire (port + IP source + protocole)
- Règles ordonnées du plus spécifique au plus général — le firewall s’arrête à la première règle qui matche
- Logging des deny pour détecter les tentatives
- Revue régulière des règles — les ACL s’accumulent et deviennent illisibles
Segmentation réseau§
Séparer les flux pour limiter la propagation latérale en cas de compromission.
Architecture type§
Internet
│
▼
[ Firewall externe ]
│
├── DMZ (zone démilitarisée)
│ ├── Serveurs web (80/443)
│ ├── Reverse proxy
│ └── Serveur mail (25/587)
│
├── Réseau interne (utilisateurs)
│ ├── VLAN Bureautique
│ ├── VLAN Développement
│ └── VLAN Invités (isolé)
│
├── Réseau serveurs
│ ├── Base de données
│ └── Serveurs applicatifs
│
└── Réseau d'administration
├── Switches, routeurs
├── Consoles de management
└── Bastion / jump host
VLAN (Virtual LAN)§
Les VLAN segmentent le réseau au niveau 2 (Ethernet) sans matériel physique séparé.
- VLAN tagging (802.1Q) : chaque trame porte un tag VLAN ID (12 bits → 4094 VLANs)
- Trunk port : transporte plusieurs VLANs entre switches
- Access port : un seul VLAN, vers un hôte final
Limites : un VLAN n’est pas un firewall. Le trafic inter-VLAN passe par un routeur ou un firewall L3 — c’est là que le filtrage se fait.
Zero Trust§
Le modèle Zero Trust (formalisé par John Kindervag, Forrester, 2010) part du principe qu’aucun réseau interne n’est de confiance.
Principes :
- Never trust, always verify — chaque requête est authentifiée et autorisée, même depuis le LAN
- Microsegmentation — politiques granulaires par workload, pas par sous-réseau
- Least privilege dynamique — accès accordé au cas par cas, révoqué automatiquement
- Inspection continue — le comportement post-authentification est surveillé
Implémentations courantes : Google BeyondCorp, Zscaler, Cloudflare Access, Azure AD Conditional Access.
VPN (Virtual Private Network)§
Un VPN chiffre un tunnel entre deux points à travers un réseau non sûr (Internet).
Types§
| Type | Usage |
|---|---|
| Site-to-Site | Connexion permanente entre deux réseaux (siège ↔ filiale) |
| Remote Access | Un utilisateur se connecte au réseau d’entreprise depuis l’extérieur |
| Client-to-Site | Variante remote access, le client route tout ou partie de son trafic via le VPN |
Protocoles§
| Protocole | Chiffrement | Port | Avantage | Inconvénient |
|---|---|---|---|---|
| WireGuard | ChaCha20, Curve25519 | UDP 51820 | Très rapide, code minimal (~4000 lignes), moderne | Jeune, logging limité par design |
| OpenVPN | OpenSSL (AES-256-GCM) | UDP 1194 ou TCP 443 | Mature, flexible, traverse les firewalls en TCP/443 | Plus lent que WireGuard, config complexe |
| IPsec (IKEv2) | AES, HMAC-SHA | UDP 500 + 4500 (NAT-T) | Natif sur iOS/Windows/macOS, reconnexion rapide (MOBIKE) | Config serveur plus lourde |
| IPsec (L2TP) | AES via IPsec | UDP 1701 + 500 + 4500 | Supporté partout | Double encapsulation = overhead |
WireGuard est le choix par défaut pour les nouvelles installations. OpenVPN reste pertinent quand il faut traverser des firewalls restrictifs (TCP 443 se fait passer pour du HTTPS).
IDS / IPS§
IDS (Intrusion Detection System)§
Écoute passivement le trafic (port mirror / SPAN) et génère des alertes. Ne bloque rien.
IPS (Intrusion Prevention System)§
Positionné en coupure (inline) : il analyse et peut dropper un paquet avant qu’il n’atteigne sa cible.
Méthodes de détection§
| Méthode | Principe | Forces | Faiblesses |
|---|---|---|---|
| Signature | Compare le trafic à des patterns connus (règles Snort/Suricata) | Rapide, peu de faux positifs sur signatures bien écrites | Aveugle aux attaques inconnues (zero-day) |
| Anomalie | Apprend un baseline “normal” et alerte sur les déviations | Détecte l’inconnu | Beaucoup de faux positifs, temps d’apprentissage |
| Comportemental | Analyse les séquences d’actions (ex. scan puis exploit puis exfil) | Contextuel, résistant à l’obfuscation | Complexe à configurer, coûteux en compute |
Outils principaux§
- Suricata — IDS/IPS open source, multi-threaded, supporte les règles Snort + ses propres règles. Standard de fait.
- Snort (Cisco/Talos) — historique (1998), toujours maintenu. Snort 3 est multi-threaded.
- Zeek (ex-Bro) — pas un IDS classique mais un analyseur de protocoles réseau qui produit des logs structurés. Complémentaire à Suricata.
Network Access Control (NAC)§
Contrôle qui et quoi peut se connecter au réseau.
802.1X§
Standard IEEE pour l’authentification réseau au niveau du port (couche 2).
Trois acteurs :
- Supplicant — le client qui demande l’accès (poste, téléphone)
- Authenticator — le switch ou la borne WiFi qui contrôle le port
- Authentication Server — serveur RADIUS (FreeRADIUS, Microsoft NPS) qui valide les credentials
Flux : le supplicant s’authentifie via EAP (EAP-TLS avec certificat client, ou PEAP avec login/password). Si le RADIUS valide, le switch ouvre le port et peut assigner dynamiquement un VLAN.
Posture checking§
Avant d’accorder l’accès complet, le NAC vérifie l’état du poste :
- Antivirus à jour ?
- OS patché ?
- Disque chiffré ?
- Agent de sécurité installé ?
Si non conforme → placement dans un VLAN de quarantaine avec accès limité (portail de remédiation uniquement).
DNS Security§
Le DNS est un vecteur d’attaque sous-estimé (DNS spoofing, DNS tunneling, exfiltration par sous-domaines).
DNSSEC§
Signe cryptographiquement les réponses DNS pour garantir leur authenticité. Protège contre le DNS cache poisoning (attaque Kaminsky). Déploiement encore incomplet sur Internet.
DNS over HTTPS (DoH) / DNS over TLS (DoT)§
Chiffrent les requêtes DNS entre le client et le résolveur :
- DoT — port 853 dédié, facile à bloquer par un firewall
- DoH — port 443 (mélangé avec le HTTPS normal), difficile à bloquer sans DPI
Avantage vie privée, inconvénient sécurité : le SOC perd la visibilité sur les requêtes DNS si les postes utilisent DoH vers un résolveur externe.
Sinkholing§
Technique défensive : le résolveur DNS interne redirige les domaines malveillants connus vers une IP contrôlée (sinkhole) au lieu de la vraie destination. Bloque les communications C2 sans toucher au poste.
Monitoring réseau§
NetFlow / sFlow / IPFIX§
Protocoles qui exportent des métadonnées de flux (IP src/dst, ports, octets, durée) depuis les routeurs et switches vers un collecteur. Ne capture pas le contenu, mais permet de détecter les anomalies volumétriques (DDoS, exfiltration, scan) sur de grands réseaux.
SNMP§
Simple Network Management Protocol — interroge les équipements réseau pour récupérer des métriques (CPU, bande passante, erreurs d’interface). SNMPv3 obligatoire (v1/v2c transmettent la community string en clair).
Centralisation des logs§
Tous les équipements réseau (firewalls, switches, routeurs, proxies) doivent envoyer leurs logs vers un SIEM via syslog (UDP 514 ou TCP 514/TLS). Sans centralisation, la corrélation d’événements est impossible.