Les erreurs en mathématiques ne sont pas aléatoires : la plupart suivent quelques patrons récurrents. Cette note recense les pièges les plus courants — ceux qu’on voit semaine après semaine en copies de prépa, et qui font perdre des points alors que le raisonnement de fond était bon. Connaître l’erreur, c’est déjà l’éviter.

Mode d’emploi

Avant de rendre une copie ou un DM : relis-la en cherchant activement les erreurs listées ici. C’est plus efficace qu’une relecture passive.

1. Erreurs de logique§

1.1 Confondre implication et équivalence§

L’erreur la plus répandue : démontrer PQP \Rightarrow Q et en conclure PQP \Leftrightarrow Q.

PQP \Rightarrow Q ne donne pas QPQ \Rightarrow P

Exemple : « si x=2x = 2 alors x2=4x^2 = 4 » est vrai. La réciproque « si x2=4x^2 = 4 alors x=2x = 2 » est fausse (x=2x = -2 marche aussi).

Conséquence : si l’énoncé demande une équivalence, on doit prouver les deux sens.

1.2 Négation mal posée§

ÉnoncéNégation correcteErreur typique
x,P(x)\forall x, P(x)x,¬P(x)\exists x, \lnot P(x)« x,¬P(x)\forall x, \lnot P(x) » (trop fort)
x,P(x)\exists x, P(x)x,¬P(x)\forall x, \lnot P(x)« x,¬P(x)\exists x, \lnot P(x) » (n’est pas une négation)
x,;y,;P(x,y)\forall x,; \exists y,; P(x,y)x,;y,;¬P(x,y)\exists x,; \forall y,; \lnot P(x,y)Oublier de renverser les quantificateurs
AA et BBnon AA ou non BB (De Morgan)« non AA et non BB »
AA ou BBnon AA et non BB (De Morgan)« non AA ou non BB »

1.3 Pétition de principe (raisonnement circulaire)§

Utiliser ce qu’on doit démontrer pour le démontrer. Souvent caché derrière un « il est clair que ».

Erreur

Pour montrer a2+b22aba^2 + b^2 \geq 2ab, écrire : « On a a22ab+b20a^2 - 2ab + b^2 \geq 0, soit (ab)20(a-b)^2 \geq 0, ce qui est vrai puisque a2+b22aba^2 + b^2 \geq 2ab. »

Problème : on suppose ce qu’on cherche à prouver. La bonne preuve part de (ab)20(a-b)^2 \geq 0 et développe.

1.4 Abus du « donc »§

Le mot « donc » sous-entend une déduction logique. L’utiliser à la place d’un saut intuitif est une faute.

Phrases suspectes
  • « Il est clair que… » → s’il l’était, on n’aurait pas besoin de l’écrire
  • « On voit que… » → la copie ne voit pas, elle lit
  • « De même… » → écrire au moins la deuxième occurrence pour montrer qu’on sait

1.5 Confondre condition nécessaire et condition suffisante§

« Nécessaire et suffisante » = équivalence.

2. Erreurs algébriques§

2.1 Manipulations interdites§

FautePourquoi c’est faux
a+b=a+b\sqrt{a + b} = \sqrt{a} + \sqrt{b}1+1=22\sqrt{1+1} = \sqrt{2} \neq 2
(a+b)2=a2+b2(a + b)^2 = a^2 + b^2Manque le double produit 2ab2ab
a+bc+d=ac+bd\frac{a + b}{c + d} = \frac{a}{c} + \frac{b}{d}Test : 1+11+1=12\frac{1+1}{1+1} = 1 \neq 2
1a+b=1a+1b\frac{1}{a + b} = \frac{1}{a} + \frac{1}{b}Test : 1211+11=2\frac{1}{2} \neq \frac{1}{1} + \frac{1}{1} = 2
ln(a+b)=lna+lnb\ln(a + b) = \ln a + \ln bLe logarithme transforme produit ↔ somme, pas somme ↔ somme
ea+b=ea+ebe^{a + b} = e^a + e^bC’est eaebe^a \cdot e^b
sin(a+b)=sina+sinb\sin(a + b) = \sin a + \sin bFormules d’addition non triviales
(ab)c=ab+c(a^b)^c = a^{b+c}C’est abca^{bc}
abac=abca^b \cdot a^c = a^{bc}C’est ab+ca^{b+c}

2.2 Division par zéro§

Toujours vérifier que ce par quoi on divise est non nul

Erreur célèbre :

a=ba2=aba2b2=abb2(a+b)(ab)=b(ab)a+b=ba = b \Rightarrow a^2 = ab \Rightarrow a^2 - b^2 = ab - b^2 \Rightarrow (a+b)(a-b) = b(a-b) \Rightarrow a + b = b

Conclusion absurde : si a=b=1a = b = 1, alors 1+1=11 + 1 = 1. L’erreur : on a divisé par aba - b qui est nul.

2.3 Simplifications hâtives§

2.4 Identités remarquables élargies§

(a+b+c)2=a2+b2+c2+2ab+2ac+2bc(a + b + c)^2 = a^2 + b^2 + c^2 + 2ab + 2ac + 2bc

Ne pas oublier les doubles produits, et tous les doubles produits.

3. Erreurs en analyse§

3.1 Limite — confondre forme et résultat§

Une « forme indéterminée » n’est pas une valeur de limite :

Conclusion hâtive

« limxsin(1/x)=0\lim x \sin(1/x) = 0 car c’est 00 \cdot (quelque chose) » est faux. Il faut majorer : xsin(1/x)x0|x \sin(1/x)| \leq |x| \to 0, puis utiliser les gendarmes.

3.2 Dérivée§

ErreurCorrection
(fg)=fg(f \cdot g)' = f' \cdot g'(fg)=fg+fg(fg)' = f'g + fg'
(f/g)=f/g(f/g)' = f'/g'(f/g)=(fgfg)/g2(f/g)' = (f'g - fg')/g^2
(fg)=fg(f \circ g)' = f' \circ g'(fg)=(fg)g(f \circ g)' = (f' \circ g) \cdot g'
f(g(x))=(fg)(x)f'(g(x)) = (f \circ g)'(x)(fg)(x)=f(g(x))g(x)(f \circ g)'(x) = f'(g(x)) \cdot g'(x)

3.3 Intégrale§

3.4 Convergence§

ErreurPrécision
« unu_n converge car un+1un0u_{n+1} - u_n \to 0 »Faux : pour un=lnnu_n = \ln n, on a un+1un=ln(1+1/n)0u_{n+1} - u_n = \ln(1 + 1/n) \to 0, mais un+u_n \to +\infty
« un\sum u_n converge ssi un0u_n \to 0 »un0u_n \to 0 est nécessaire mais pas suffisant (1/n\sum 1/n diverge)
Inverser limite et intégrale sans précautionNécessite convergence dominée ou uniforme
Dériver une série terme à termeNécessite convergence uniforme de la série dérivée

4. Erreurs en algèbre linéaire§

4.1 Confondre les objets§

4.2 Inversibilité§

ErreurRéalité
(A+B)1=A1+B1(A + B)^{-1} = A^{-1} + B^{-1}Faux en général
(AB)1=A1B1(AB)^{-1} = A^{-1} B^{-1}Faux : c’est (AB)1=B1A1(AB)^{-1} = B^{-1} A^{-1}
det(A+B)=detA+detB\det(A + B) = \det A + \det BFaux (le déterminant n’est pas linéaire, mais multi-linéaire en colonnes)
det(AB)=detA+detB\det(AB) = \det A + \det BC’est detAdetB\det A \cdot \det B
det(λA)=λdetA\det(\lambda A) = \lambda \det AC’est λndetA\lambda^n \det A en dimension nn

4.3 Valeurs propres et diagonalisation§

5. Erreurs en arithmétique§

ErreurCorrection
gcd(a,b)lcm(a,b)=a+b\gcd(a, b) \cdot \text{lcm}(a, b) = a + bC’est aba \cdot b
ab(modn)a \equiv b \pmod n et cd(modn)c \equiv d \pmod na/cb/da/c \equiv b/dFaux : la division modulaire exige l’inversibilité
abca \mid bcaba \mid b ou aca \mid cVrai seulement si aa premier (lemme d’Euclide)
aba \mid b et aca \mid cagcd(b,c)a \mid \gcd(b, c)OK
gcd(a,b)=1\gcd(a, b) = 1 et abca \mid bcaca \mid cOK (Gauss)

6. Erreurs en probabilités§

6.1 Indépendance vs incompatibilité§

6.2 Variance et indépendance§

6.3 Bayes et taux de base§

Le piège du dépistage

Une maladie touche 1 % de la population. Un test a 99 % de fiabilité (sensibilité et spécificité). Si tu es testé positif, quelle est la probabilité que tu sois malade ?

Intuition courante : ~99 %. Réalité : ~50 %, par Bayes.

P(M+)=P(+M)P(M)P(+)=0,99×0,010,99×0,01+0,01×0,99=0,5P(M \mid +) = \frac{P(+ \mid M) P(M)}{P(+)} = \frac{0{,}99 \times 0{,}01}{0{,}99 \times 0{,}01 + 0{,}01 \times 0{,}99} = 0{,}5

Morale : ignorer le taux de base (1 %) fait perdre tout le sens.

7. Erreurs de récurrence§

ErreurCorrection
Oublier l’initialisationL’hérédité seule ne suffit pas
Faire l’hérédité pour un seul nnDoit marcher pour tout nn0n \geq n_0
Confondre P(n)P(n) avec « le résultat pour nn »Bien écrire P(n)P(n) comme une proposition
Récurrence forte sans initialisation suffisanteSi l’hérédité utilise P(0),,P(n)P(0), \dots, P(n), il faut initialiser tous ces cas
Récurrence sur nn alors que P(n)P(n) dépend continûment de xxLa récurrence opère sur N\mathbb{N}, pas R\mathbb{R}

8. Pièges méta§

8.1 Cas particulier \neq démonstration§

Vérifier un résultat pour n=1,2,3n = 1, 2, 3 ne le démontre pas — c’est une plausibilité, pas une preuve. La conjecture de Pólya tient pour n<906,150,257n < 906,150,257, puis casse.

8.2 « Sans perte de généralité »§

Cette phrase n’est valable que si on peut vraiment réduire au cas étudié par symétrie ou changement de variable. Vérifier que la généralité n’est pas perdue !

8.3 Hypothèses oubliées§

Lire l’énoncé lentement et noter chaque hypothèse. Une démonstration qui n’utilise pas toutes les hypothèses est suspecte (soit elles sont superflues, soit on a sauté un point).

8.4 Conclusion qui dépasse les hypothèses§

Si l’énoncé demande une propriété sur R+\mathbb{R}^+, ne pas la prouver sur R\mathbb{R} tout entier sauf si c’est plus facile et automatique.

8.5 Notation incohérente§

9. Erreurs de présentation§

ErreurConseil
Page noire d’écritures non hiérarchiséesAérer, souligner les résultats clés, encadrer la conclusion
Conclusion impliciteToujours finir par « par conséquent… » ou un encadré
Hypothèses non rappeléesAu début de la résolution, écrire « Soit ff une fonction continue… »
Calculs intermédiaires raturés sur la copieFaire les calculs au brouillon, recopier les étapes propres
Pas de dessin en géométrie / analyseToujours faire un schéma quand c’est possible

Comment auto-corriger une copie§

  1. Relire une fois pour la cohérence logique (les implications sont-elles correctes ?)
  2. Relire une fois pour la cohérence des hypothèses (chaque hypothèse est-elle utilisée ?)
  3. Relire une fois pour les calculs (refaire mentalement les passages cruciaux)
  4. Vérifier sur un cas simple (n = 1, dimension 2) si possible
  5. Vérifier la conclusion : répond-elle exactement à la question ?

Voir Méthodes de Démonstration et Comment Montrer Que pour les bonnes pratiques.