Pourquoi les nombres complexes ?

Les nombres complexes sont nés d’un besoin : résoudre toutes les équations polynomiales. L’équation x2+1=0x^2 + 1 = 0 n’a pas de solution dans R\mathbb{R}, mais elle en a deux dans C\mathbb{C} : ii et i-i. Les nombres complexes interviennent en physique (électricité, mécanique quantique), en géométrie, et dans de nombreuses branches des mathématiques.

1. L’ensemble C\mathbb{C} et la forme algébrique§

1.1 Définition du nombre imaginaire ii§

On introduit un nombre ii tel que :

i2=1i^2 = -1
Définition : Nombre complexe

Un nombre complexe est un nombre de la forme :

z=a+ibz = a + ib

aRa \in \mathbb{R} et bRb \in \mathbb{R}.

  • a=Re(z)a = \text{Re}(z) est la partie réelle de zz.
  • b=Im(z)b = \text{Im}(z) est la partie imaginaire de zz.
  • Cette écriture est appelée la forme algébrique de zz.

L’ensemble des nombres complexes est noté C\mathbb{C}. On a l’inclusion :

NZQRC\mathbb{N} \subset \mathbb{Z} \subset \mathbb{Q} \subset \mathbb{R} \subset \mathbb{C}
Attention

La partie imaginaire Im(z)\text{Im}(z) est un nombre réel, pas un nombre imaginaire. Pour z=3+5iz = 3 + 5i, on a Im(z)=5\text{Im}(z) = 5 (et non 5i5i).

1.2 Égalité de deux nombres complexes§

Deux nombres complexes z1=a1+ib1z_1 = a_1 + ib_1 et z2=a2+ib2z_2 = a_2 + ib_2 sont égaux si et seulement si :

a1=a2etb1=b2a_1 = a_2 \quad \text{et} \quad b_1 = b_2

C’est le principe d’identification des parties réelle et imaginaire.

1.3 Puissances de ii§

Les puissances de ii sont cycliques de période 4 :

nni0i^0i1i^1i2i^2i3i^3i4i^4i5i^5i6i^6i7i^7
ini^n11ii1-1i-i11ii1-1i-i

Règle générale : pour tout nZn \in \mathbb{Z}, on effectue la division euclidienne de nn par 44 : n=4q+rn = 4q + r, alors in=iri^n = i^r.

2. Le plan complexe§

2.1 Affixe d’un point§

Définition : Plan complexe

On munit le plan d’un repère orthonormé (O,u,v)(O, \vec{u}, \vec{v}).

  • L’axe des abscisses est appelé axe réel.
  • L’axe des ordonnées est appelé axe imaginaire.
  • Le plan ainsi muni est appelé plan complexe (ou plan d’Argand-Gauss).

À tout nombre complexe z=a+ibz = a + ib on associe le point M(a,b)M(a, b) du plan. On dit que zz est l’affixe du point MM, et que MM est l’image de zz.

De même, le vecteur w\vec{w} de coordonnées (a,b)(a, b) a pour affixe z=a+ibz = a + ib.

2.2 Nombres réels et imaginaires purs dans le plan§

3. Conjugué et module§

3.1 Conjugué§

Définition : Conjugué

Le conjugué de z=a+ibz = a + ib est le nombre complexe :

zˉ=aib\bar{z} = a - ib

Géométriquement, le point d’affixe zˉ\bar{z} est le symétrique de M(z)M(z) par rapport à l’axe réel.

Propriétés du conjugué :

Pour tous z,z1,z2Cz, z_1, z_2 \in \mathbb{C} :

  1. z1+z2=z1ˉ+z2ˉ\overline{z_1 + z_2} = \bar{z_1} + \bar{z_2}
  2. z1z2=z1ˉz2ˉ\overline{z_1 \cdot z_2} = \bar{z_1} \cdot \bar{z_2}
  3. (z1z2)=z1ˉz2ˉ\overline{\left(\frac{z_1}{z_2}\right)} = \frac{\bar{z_1}}{\bar{z_2}} (pour z20z_2 \neq 0)
  4. zˉˉ=z\bar{\bar{z}} = z
  5. z+zˉ=2,Re(z)z + \bar{z} = 2,\text{Re}(z)
  6. zzˉ=2i,Im(z)z - \bar{z} = 2i,\text{Im}(z)
  7. zzˉ=a2+b2R+z \cdot \bar{z} = a^2 + b^2 \in \mathbb{R}^+
  8. zR    z=zˉz \in \mathbb{R} \iff z = \bar{z}
  9. zz est imaginaire pur     z=zˉ\iff z = -\bar{z}

3.2 Module§

Définition : Module

Le module de z=a+ibz = a + ib est le réel positif :

z=a2+b2=zzˉ|z| = \sqrt{a^2 + b^2} = \sqrt{z \cdot \bar{z}}

Géométriquement, z|z| est la distance du point M(z)M(z) à l’origine OO :

z=OM|z| = OM

Propriétés du module :

Pour tous z,z1,z2Cz, z_1, z_2 \in \mathbb{C} :

  1. z=0    z=0|z| = 0 \iff z = 0
  2. z=zˉ|z| = |\bar{z}|
  3. z1z2=z1z2|z_1 \cdot z_2| = |z_1| \cdot |z_2|
  4. z1z2=z1z2\left|\frac{z_1}{z_2}\right| = \frac{|z_1|}{|z_2|} (pour z20z_2 \neq 0)
  5. zn=zn|z^n| = |z|^n
  6. Inégalité triangulaire : z1+z2z1+z2|z_1 + z_2| \leq |z_1| + |z_2|
  7. z1z2|z_1 - z_2| est la distance entre les points d’affixe z1z_1 et z2z_2.

4. Opérations sur les nombres complexes§

4.1 Addition et soustraction§

Si z1=a1+ib1z_1 = a_1 + ib_1 et z2=a2+ib2z_2 = a_2 + ib_2 :

z1+z2=(a1+a2)+i(b1+b2)z_1 + z_2 = (a_1 + a_2) + i(b_1 + b_2)
Interprétation géométrique

L’addition des affixes correspond à l’addition des vecteurs : c’est une translation. Si z=z+z0z' = z + z_0, le point MM' est l’image de MM par la translation de vecteur d’affixe z0z_0.

4.2 Multiplication§

z1z2=(a1a2b1b2)+i(a1b2+a2b1)z_1 \cdot z_2 = (a_1 a_2 - b_1 b_2) + i(a_1 b_2 + a_2 b_1)

On développe en utilisant i2=1i^2 = -1.

Exemple

(2+3i)(14i)=21+2(4i)+3i1+3i(4i)(2 + 3i)(1 - 4i) = 2 \cdot 1 + 2 \cdot (-4i) + 3i \cdot 1 + 3i \cdot (-4i) =28i+3i12i2= 2 - 8i + 3i - 12i^2 =25i12(1)=145i= 2 - 5i - 12(-1) = 14 - 5i

4.3 Division§

Pour diviser par z20z_2 \neq 0, on multiplie numérateur et dénominateur par le conjugué de z2z_2 :

z1z2=z1z2ˉz2z2ˉ=z1z2ˉz22\frac{z_1}{z_2} = \frac{z_1 \cdot \bar{z_2}}{z_2 \cdot \bar{z_2}} = \frac{z_1 \cdot \bar{z_2}}{|z_2|^2}
Exemple
3+i12i=(3+i)(1+2i)(12i)(1+2i)=3+6i+i+2i21+4=1+7i5=15+75i\frac{3 + i}{1 - 2i} = \frac{(3+i)(1+2i)}{(1-2i)(1+2i)} = \frac{3 + 6i + i + 2i^2}{1 + 4} = \frac{1 + 7i}{5} = \frac{1}{5} + \frac{7}{5}i

4.4 Inverse§

1z=zˉz2\frac{1}{z} = \frac{\bar{z}}{|z|^2}

5. Les différentes formes d’un nombre complexe§

graph TD
    A["Nombre complexe z"] --> B["Forme algébrique<br/>z = a + ib"]
    A --> C["Forme trigonométrique<br/>z = r(cos θ + i sin θ)"]
    A --> D["Forme exponentielle<br/>z = r·e^(iθ)"]

    B -->|"r = √(a² + b²)<br/>tan θ = b/a"| C
    C -->|"a = r cos θ<br/>b = r sin θ"| B
    C -->|"Formule d'Euler"| D
    D -->|"Développement"| C

    B --- E["Calculs algébriques<br/>Addition, soustraction"]
    C --- F["Calculs géométriques<br/>Module, argument"]
    D --- G["Puissances, racines<br/>Multiplication rapide"]

    style A fill:#e6f3ff,stroke:#0066cc
    style B fill:#fff2e6,stroke:#cc6600
    style C fill:#e6ffe6,stroke:#009900
    style D fill:#ffe6e6,stroke:#cc0000

6. Forme trigonométrique§

6.1 Argument d’un nombre complexe§

Définition : Argument

Soit z0z \neq 0 un nombre complexe de module r=zr = |z| et d’image MM dans le plan complexe. L’argument de zz, noté arg(z)\arg(z), est la mesure (en radians) de l’angle :

arg(z)=(u,OM)(mod2π)\arg(z) = \left(\vec{u}, \overrightarrow{OM}\right) \pmod{2\pi}

L’argument est défini modulo 2π2\pi. On note arg(z)θ(mod2π)\arg(z) \equiv \theta \pmod{2\pi} ou arg(z)=θ [2π]\arg(z) = \theta\ [2\pi].

6.2 Détermination de l’argument§

Si z=a+ibz = a + ib avec r=zr = |z| :

cosθ=ar,sinθ=br\cos\theta = \frac{a}{r}, \quad \sin\theta = \frac{b}{r}
Attention

Utiliser tanθ=ba\tan\theta = \frac{b}{a} ne suffit pas : il faut aussi vérifier les signes de cosθ\cos\theta et sinθ\sin\theta pour déterminer le bon quadrant.

Arguments remarquables :

zz111-1iii-i1+i1+i1i1-i
arg(z)\arg(z)00π\piπ2\frac{\pi}{2}π2-\frac{\pi}{2}π4\frac{\pi}{4}π4-\frac{\pi}{4}

6.3 Écriture trigonométrique§

Définition : Forme trigonométrique

Tout nombre complexe z0z \neq 0 s’écrit :

z=r(cosθ+isinθ)z = r(\cos\theta + i\sin\theta)

r=z>0r = |z| > 0 et θ=arg(z)\theta = \arg(z).

Propriétés de l’argument :

Pour z1,z20z_1, z_2 \neq 0 :

  1. arg(z1z2)=arg(z1)+arg(z2)(mod2π)\arg(z_1 z_2) = \arg(z_1) + \arg(z_2) \pmod{2\pi}
  2. arg(z1z2)=arg(z1)arg(z2)(mod2π)\arg\left(\frac{z_1}{z_2}\right) = \arg(z_1) - \arg(z_2) \pmod{2\pi}
  3. arg(zn)=narg(z)(mod2π)\arg(z^n) = n \cdot \arg(z) \pmod{2\pi}
  4. arg(zˉ)=arg(z)(mod2π)\arg(\bar{z}) = -\arg(z) \pmod{2\pi}

6.4 Multiplication en forme trigonométrique§

Si z1=r1(cosθ1+isinθ1)z_1 = r_1(\cos\theta_1 + i\sin\theta_1) et z2=r2(cosθ2+isinθ2)z_2 = r_2(\cos\theta_2 + i\sin\theta_2) :

z1z2=r1r2[cos(θ1+θ2)+isin(θ1+θ2)]z_1 z_2 = r_1 r_2 \left[\cos(\theta_1 + \theta_2) + i\sin(\theta_1 + \theta_2)\right]
Interprétation géométrique

Multiplier par z2z_2 revient à effectuer une rotation d’angle arg(z2)\arg(z_2) combinée à une homothétie de rapport z2|z_2| centrée en OO.

7. Forme exponentielle et formule d’Euler§

7.1 Formule d’Euler§

Théorème : Formule d’Euler

Pour tout θR\theta \in \mathbb{R} :

eiθ=cosθ+isinθe^{i\theta} = \cos\theta + i\sin\theta

Cette formule établit le lien fondamental entre la fonction exponentielle et les fonctions trigonométriques.

Conséquences immédiates :

cosθ=eiθ+eiθ2,sinθ=eiθeiθ2i\cos\theta = \frac{e^{i\theta} + e^{-i\theta}}{2}, \quad \sin\theta = \frac{e^{i\theta} - e^{-i\theta}}{2i}

Cas particuliers célèbres :

7.2 Forme exponentielle§

Définition : Forme exponentielle

Tout nombre complexe z0z \neq 0 de module rr et d’argument θ\theta s’écrit :

z=r,eiθz = r,e^{i\theta}
Exemple : Passage entre les formes

Soit z=1+i3z = 1 + i\sqrt{3}.

Forme algébrique : z=1+i3z = 1 + i\sqrt{3} (donnée).

Module : z=12+(3)2=1+3=2|z| = \sqrt{1^2 + (\sqrt{3})^2} = \sqrt{1+3} = 2

Argument : cosθ=12\cos\theta = \frac{1}{2}, sinθ=32\sin\theta = \frac{\sqrt{3}}{2}, donc θ=π3\theta = \frac{\pi}{3}.

Forme trigonométrique : z=2(cosπ3+isinπ3)z = 2\left(\cos\frac{\pi}{3} + i\sin\frac{\pi}{3}\right)

Forme exponentielle : z=2,eiπ/3z = 2,e^{i\pi/3}

8. Formule de Moivre§

Théorème : Formule de Moivre

Pour tout θR\theta \in \mathbb{R} et tout nZn \in \mathbb{Z} :

(cosθ+isinθ)n=cos(nθ)+isin(nθ)(\cos\theta + i\sin\theta)^n = \cos(n\theta) + i\sin(n\theta)

Ou de manière équivalente : (eiθ)n=einθ(e^{i\theta})^n = e^{in\theta}

Application : linéarisation§

La formule de Moivre, combinée à la formule du binôme, permet de linéariser les puissances de cosθ\cos\theta et sinθ\sin\theta.

Exemple : Exprimer cos(3θ)\cos(3\theta) en fonction de cosθ\cos\theta

D’après la formule de Moivre : cos(3θ)+isin(3θ)=(cosθ+isinθ)3\cos(3\theta) + i\sin(3\theta) = (\cos\theta + i\sin\theta)^3

En développant avec le binôme de Newton : =cos3θ+3icos2θsinθ+3i2cosθsin2θ+i3sin3θ= \cos^3\theta + 3i\cos^2\theta\sin\theta + 3i^2\cos\theta\sin^2\theta + i^3\sin^3\theta =cos3θ3cosθsin2θ+i(3cos2θsinθsin3θ)= \cos^3\theta - 3\cos\theta\sin^2\theta + i(3\cos^2\theta\sin\theta - \sin^3\theta)

Par identification de la partie réelle :

cos(3θ)=cos3θ3cosθsin2θ=4cos3θ3cosθ\cos(3\theta) = \cos^3\theta - 3\cos\theta\sin^2\theta = 4\cos^3\theta - 3\cos\theta

9. Racines nn-ièmes de l’unité§

9.1 Définition et calcul§

Théorème : Racines nn-ièmes de l’unité

Les solutions de l’équation zn=1z^n = 1 dans C\mathbb{C} sont les nn nombres complexes :

ωk=e2ikπ/n,k0,1,2,,n1\omega_k = e^{2ik\pi/n}, \quad k \in {0, 1, 2, \ldots, n-1}

On note souvent ω=e2iπ/n\omega = e^{2i\pi/n} la racine primitive, et alors ωk=ωk\omega_k = \omega^k.

9.2 Propriétés géométriques§

Les racines nn-ièmes de l’unité forment un polygone régulier à nn côtés inscrit dans le cercle unité, avec un sommet en z=1z = 1.

9.3 Somme des racines§

k=0n1ωk=0\sum_{k=0}^{n-1} \omega^k = 0

Cette propriété est fondamentale. Elle découle de la factorisation :

zn1=(z1)(zn1+zn2++z+1)z^n - 1 = (z-1)(z^{n-1} + z^{n-2} + \cdots + z + 1)
Exemple : Racines cubiques de l’unité (n=3n = 3)

Les solutions de z3=1z^3 = 1 sont :

  • ω0=1\omega_0 = 1
  • ω1=e2iπ/3=12+i32\omega_1 = e^{2i\pi/3} = -\frac{1}{2} + i\frac{\sqrt{3}}{2}
  • ω2=e4iπ/3=12i32\omega_2 = e^{4i\pi/3} = -\frac{1}{2} - i\frac{\sqrt{3}}{2}

Elles forment un triangle équilatéral inscrit dans le cercle unité.

On vérifie : 1+ω1+ω2=112+i3212i32=01 + \omega_1 + \omega_2 = 1 - \frac{1}{2} + i\frac{\sqrt{3}}{2} - \frac{1}{2} - i\frac{\sqrt{3}}{2} = 0

9.4 Racines nn-ièmes d’un nombre complexe quelconque§

Théorème

Les solutions de zn=z0z^n = z_0z0=r0eiθ0z_0 = r_0 e^{i\theta_0} (z00z_0 \neq 0) sont :

zk=r01/n,ei(θ0+2kπ)/n,k0,1,,n1z_k = r_0^{1/n}, e^{i(\theta_0 + 2k\pi)/n}, \quad k \in {0, 1, \ldots, n-1}

10. Interprétation géométrique des opérations§

10.1 Translation§

La transformation zz+bz \mapsto z + b (où bCb \in \mathbb{C}) est la translation de vecteur d’affixe bb.

10.2 Homothétie§

La transformation zλzz \mapsto \lambda z (où λR\lambda \in \mathbb{R}^*) est l’homothétie de centre OO et de rapport λ\lambda.

10.3 Rotation§

La transformation zeiαzz \mapsto e^{i\alpha} z (où αR\alpha \in \mathbb{R}) est la rotation de centre OO et d’angle α\alpha.

10.4 Similitude directe§

La transformation zaz+bz \mapsto az + b (où a,bCa, b \in \mathbb{C}, a0a \neq 0) est une similitude directe :

Résumé des transformations
TransformationExpressionModuleArgument
Translationz=z+bz' = z + bconservé (distances)
Rotation centre OOz=eiαzz' = e^{i\alpha} zz=z|z'| = |z|arg(z)=arg(z)+α\arg(z') = \arg(z) + \alpha
Homothétie centre OOz=λzz' = \lambda zz=λz|z'| = |\lambda| \cdot |z|argument conservé ou +π+\pi
Similitudez=az+bz' = az + baz+|a| \cdot |z| + \ldotscombinaison

11. Équations dans C\mathbb{C}§

11.1 Équation du second degré§

Soit l’équation az2+bz+c=0az^2 + bz + c = 0 avec a,b,cRa, b, c \in \mathbb{R} et a0a \neq 0.

On calcule le discriminant Δ=b24ac\Delta = b^2 - 4ac.

Les trois cas

Cas 1 : Δ>0\Delta > 0 — Deux solutions réelles distinctes :

z1=bΔ2a,z2=b+Δ2az_1 = \frac{-b - \sqrt{\Delta}}{2a}, \quad z_2 = \frac{-b + \sqrt{\Delta}}{2a}

Cas 2 : Δ=0\Delta = 0 — Une solution réelle double :

z0=b2az_0 = \frac{-b}{2a}

Cas 3 : Δ<0\Delta < 0 — Deux solutions complexes conjuguées :

z1=biΔ2a,z2=b+iΔ2a=z1ˉz_1 = \frac{-b - i\sqrt{|\Delta|}}{2a}, \quad z_2 = \frac{-b + i\sqrt{|\Delta|}}{2a} = \bar{z_1}
Exemple

Résoudre z22z+5=0z^2 - 2z + 5 = 0.

Δ=420=16<0\Delta = 4 - 20 = -16 < 0

Δ=4\sqrt{|\Delta|} = 4

z1=24i2=12iz_1 = \frac{2 - 4i}{2} = 1 - 2i et z2=2+4i2=1+2iz_2 = \frac{2 + 4i}{2} = 1 + 2i

Vérification : (1+2i)22(1+2i)+5=1+4i424i+5=0(1+2i)^2 - 2(1+2i) + 5 = 1 + 4i - 4 - 2 - 4i + 5 = 0

11.2 Équations à coefficients complexes§

Lorsque les coefficients a,b,ca, b, c sont complexes, la méthode du discriminant fonctionne toujours mais il faut calculer une racine carrée complexe.

Racine carrée d’un complexe

Pour trouver δ\delta tel que δ2=Δ\delta^2 = \Delta avec Δ=α+iβ\Delta = \alpha + i\beta : On pose δ=x+iy\delta = x + iy et on résout le système :

{x2y2=α 2xy=β x2+y2=Δ=α2+β2\begin{cases} x^2 - y^2 = \alpha \ 2xy = \beta \ x^2 + y^2 = |\Delta| = \sqrt{\alpha^2 + \beta^2} \end{cases}

11.3 Résolution de zn=z0z^n = z_0§

Voir la section 9.4 sur les racines nn-ièmes.

11.4 Équations faisant intervenir le conjugué§

Pour résoudre une équation contenant zz et zˉ\bar{z}, on pose z=x+iyz = x + iy et on identifie parties réelle et imaginaire.

Exemple

Résoudre 2z+3zˉ=7+i2z + 3\bar{z} = 7 + i.

On pose z=x+iyz = x + iy donc zˉ=xiy\bar{z} = x - iy. 2(x+iy)+3(xiy)=7+i2(x+iy) + 3(x-iy) = 7 + i (2x+3x)+i(2y3y)=7+i(2x + 3x) + i(2y - 3y) = 7 + i 5xiy=7+i5x - iy = 7 + i

Par identification : 5x=75x = 7 et y=1-y = 1 Donc x=75x = \frac{7}{5} et y=1y = -1.

Solution : z=75iz = \frac{7}{5} - i.

12. Exercices types corrigés§

Exercice 1 : Forme algébrique§

Énoncé

Mettre sous forme algébrique : Z=(2+i)213iZ = \frac{(2+i)^2}{1-3i}

Solution :

Étape 1 : Calculer (2+i)2(2+i)^2 (2+i)2=4+4i+i2=4+4i1=3+4i(2+i)^2 = 4 + 4i + i^2 = 4 + 4i - 1 = 3 + 4i

Étape 2 : Diviser par 13i1 - 3i en multipliant par le conjugué

Z=(3+4i)(1+3i)(13i)(1+3i)=3+9i+4i+12i21+9=3+13i1210=9+13i10Z = \frac{(3+4i)(1+3i)}{(1-3i)(1+3i)} = \frac{3 + 9i + 4i + 12i^2}{1 + 9} = \frac{3 + 13i - 12}{10} = \frac{-9 + 13i}{10} Z=910+1310i\boxed{Z = -\frac{9}{10} + \frac{13}{10}i}

Exercice 2 : Module et argument§

Énoncé

Déterminer le module et l’argument de z=1+iz = -1 + i.

Solution :

Module : z=(1)2+12=2|z| = \sqrt{(-1)^2 + 1^2} = \sqrt{2}

Argument : cosθ=12\cos\theta = \frac{-1}{\sqrt{2}} et sinθ=12\sin\theta = \frac{1}{\sqrt{2}}

Donc θ=ππ4=3π4\theta = \pi - \frac{\pi}{4} = \frac{3\pi}{4}.

Forme exponentielle : z=2,ei3π/4\boxed{z = \sqrt{2},e^{i\cdot 3\pi/4}}

Exercice 3 : Formule de Moivre§

Énoncé

Calculer (1+i)10(1+i)^{10}.

Solution :

Étape 1 : Écrire 1+i1+i sous forme exponentielle. 1+i=2|1+i| = \sqrt{2}, arg(1+i)=π4\arg(1+i) = \frac{\pi}{4} Donc 1+i=2,eiπ/41+i = \sqrt{2},e^{i\pi/4}

Étape 2 : Appliquer la puissance. (1+i)10=(2)10,ei10π/4=25,ei5π/2(1+i)^{10} = (\sqrt{2})^{10},e^{i \cdot 10\pi/4} = 2^5,e^{i \cdot 5\pi/2}

=32,ei(5π22π)=32,eiπ/2=32i= 32,e^{i(\frac{5\pi}{2} - 2\pi)} = 32,e^{i\pi/2} = 32i

(1+i)10=32i\boxed{(1+i)^{10} = 32i}

Exercice 4 : Lieu géométrique§

Énoncé

Déterminer l’ensemble des points MM d’affixe zz tels que z2+i=3|z - 2 + i| = 3.

Solution :

On écrit z(2i)=3|z - (2 - i)| = 3.

Soit AA le point d’affixe zA=2iz_A = 2 - i.

L’ensemble des points MM tels que zzA=3|z - z_A| = 3 est le cercle de centre A(2,1)A(2, -1) et de rayon 33.

C’est le cercle de centre A(2,1) et de rayon 3\boxed{\text{C'est le cercle de centre } A(2, -1) \text{ et de rayon } 3}

Exercice 5 : Racines de l’unité et géométrie§

Énoncé

Déterminer les racines quatrièmes de l’unité. Montrer qu’elles forment un carré.

Solution :

On résout z4=1z^4 = 1.

zk=e2ikπ/4=eikπ/2,k0,1,2,3z_k = e^{2ik\pi/4} = e^{ik\pi/2}, \quad k \in {0, 1, 2, 3}

Les quatre points images sont (1,0)(1,0), (0,1)(0,1), (1,0)(-1,0), (0,1)(0,-1).

Ces quatre points sont situés sur le cercle unité, et deux points consécutifs sont séparés par un angle de π2=90°\frac{\pi}{2} = 90°. De plus, les quatre côtés ont tous pour longueur :

z1z0=i1=2|z_1 - z_0| = |i - 1| = \sqrt{2}

Ils forment donc bien un carré inscrit dans le cercle unité.

Exercice 6 : Transformation géométrique§

Énoncé

On considère la transformation f:z(1+i)z+2f : z \mapsto (1+i)z + 2. Déterminer la nature de ff et ses éléments caractéristiques.

Solution :

On a f(z)=az+bf(z) = az + b avec a=1+ia = 1+i et b=2b = 2.

a=1+i=2|a| = |1+i| = \sqrt{2} et arg(a)=π4\arg(a) = \frac{\pi}{4}.

Comme a1|a| \neq 1, il s’agit d’une similitude directe de rapport 2\sqrt{2} et d’angle π4\frac{\pi}{4}.

Centre de la similitude : point fixe, on résout z=(1+i)z+2z = (1+i)z + 2 : z(1+i)z=2z - (1+i)z = 2 z(11i)=2z(1 - 1 - i) = 2 iz=2-iz = 2 z=2i=2ii(i)=2i1=2iz = \frac{2}{-i} = \frac{2i}{i \cdot (-i)} = \frac{2i}{1} = 2i

Mais vérifions : iz=2z=2i=2iii=2i1=2i-iz = 2 \Rightarrow z = \frac{2}{-i} = \frac{2 \cdot i}{-i \cdot i} = \frac{2i}{1} = 2i

Le centre est le point Ω\Omega d’affixe 2i2i.

f est une similitude directe de centre Ω(0,2), de rapport 2 et d’angle π4\boxed{f \text{ est une similitude directe de centre } \Omega(0,2), \text{ de rapport } \sqrt{2} \text{ et d'angle } \frac{\pi}{4}}

Liens§