Ce chapitre généralise la notion de géométrie euclidienne à la dimension quelconque (y compris infinie). Il établit les fondements de l’analyse fonctionnelle et a des applications majeures en physique, en traitement du signal et en probabilités.

1. Produit scalaire§

1.1 Définitions§

Définition (Produit scalaire réel)

Soit EE un R\mathbb{R}-espace vectoriel. Un produit scalaire sur EE est une forme bilinéaire ,:E×ER\langle \cdot, \cdot \rangle : E \times E \to \mathbb{R} qui est :

  1. Symétrique : x,y=y,x\langle x, y \rangle = \langle y, x \rangle pour tous x,yEx, y \in E.
  2. Positive : x,x0\langle x, x \rangle \geq 0 pour tout xEx \in E.
  3. Définie : x,x=0    x=0\langle x, x \rangle = 0 \implies x = 0.
Définition (Espace préhilbertien / euclidien)
  • Un espace préhilbertien réel est un R\mathbb{R}-espace vectoriel muni d’un produit scalaire.
  • Un espace euclidien est un espace préhilbertien réel de dimension finie.
  • Un espace de Hilbert est un espace préhilbertien complet (pour la norme induite).
Exemples fondamentaux
  1. Rn\mathbb{R}^n avec x,y=i=1nxiyi\langle x, y \rangle = \sum_{i=1}^n x_i y_i (produit scalaire canonique).
  2. C([a,b],R)\mathcal{C}([a,b], \mathbb{R}) avec f,g=abf(t)g(t),dt\langle f, g \rangle = \int_a^b f(t)g(t) , dt.
  3. Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}) avec A,B=tr(ATB)\langle A, B \rangle = \mathrm{tr}(A^T B) (produit de Frobenius).

1.2 Identités remarquables§

Pour tout espace préhilbertien (E,,)(E, \langle \cdot, \cdot \rangle) :

x+y2=x2+2x,y+y2(deˊveloppement)|x + y|^2 = |x|^2 + 2\langle x, y \rangle + |y|^2 \quad \text{(développement)} x,y=12(x+y2x2y2)(identiteˊ de polarisation)\langle x, y \rangle = \frac{1}{2}\left(|x+y|^2 - |x|^2 - |y|^2\right) \quad \text{(identité de polarisation)} x+y2+xy2=2(x2+y2)(identiteˊ du paralleˊlogramme)|x+y|^2 + |x-y|^2 = 2(|x|^2 + |y|^2) \quad \text{(identité du parallélogramme)}
Remarque

L’identité du parallélogramme caractérise les normes issues d’un produit scalaire : une norme |\cdot| provient d’un produit scalaire si et seulement si elle vérifie l’identité du parallélogramme.

2. Norme et inégalités fondamentales§

2.1 Norme associée§

Définition

La norme associée au produit scalaire est x=x,x|x| = \sqrt{\langle x, x \rangle}.

La distance associée est d(x,y)=xyd(x, y) = |x - y|.

2.2 Inégalité de Cauchy-Schwarz§

Théorème (Cauchy-Schwarz)

Pour tous x,yEx, y \in E :

x,yxy|\langle x, y \rangle| \leq |x| \cdot |y|

avec égalité si et seulement si xx et yy sont colinéaires.

Démonstration

Pour y0y \neq 0, on considère la fonction φ(t)=xty2=x22tx,y+t2y20\varphi(t) = |x - ty|^2 = |x|^2 - 2t\langle x, y\rangle + t^2|y|^2 \geq 0 pour tout tRt \in \mathbb{R}.

C’est un trinôme en tt qui est positif ou nul, donc son discriminant est négatif ou nul :

Δ=4x,y24x2y20\Delta = 4\langle x, y\rangle^2 - 4|x|^2|y|^2 \leq 0

D’où x,yxy|\langle x, y\rangle| \leq |x| \cdot |y|.

Cas d’égalité : Δ=0\Delta = 0 signifie que φ\varphi s’annule, donc x=t0yx = t_0 y pour un certain t0t_0.

2.3 Inégalité triangulaire§

Théorème (Inégalité triangulaire)

Pour tous x,yEx, y \in E :

x+yx+y|x + y| \leq |x| + |y|

avec égalité si et seulement si xx et yy sont positivement colinéaires.

3. Orthogonalité§

3.1 Définitions§

Définition

Deux vecteurs x,yEx, y \in E sont orthogonaux si x,y=0\langle x, y \rangle = 0. On note xyx \perp y.

L’orthogonal d’une partie AEA \subset E est :

A=xEaA,,x,a=0A^\perp = {x \in E \mid \forall a \in A, , \langle x, a \rangle = 0}
Propriétés de l’orthogonal
  1. AA^\perp est toujours un sous-espace vectoriel fermé de EE.
  2. AB    BAA \subset B \implies B^\perp \subset A^\perp.
  3. A(A)A \subset (A^\perp)^\perp.
  4. A=(Vect(A))A^\perp = (\mathrm{Vect}(A))^\perp.

3.2 Théorème de Pythagore§

Théorème (Pythagore)

Si xyx \perp y, alors x+y2=x2+y2|x + y|^2 = |x|^2 + |y|^2.

Plus généralement, si x1,,xpx_1, \ldots, x_p sont deux à deux orthogonaux :

i=1pxi2=i=1pxi2\left|\sum_{i=1}^p x_i\right|^2 = \sum_{i=1}^p |x_i|^2

3.3 Supplémentaire orthogonal en dimension finie§

Théorème

Soit EE un espace euclidien et FF un sous-espace vectoriel de EE. Alors :

E=FFetdimF=dimEdimFE = F \oplus F^\perp \quad \text{et} \quad \dim F^\perp = \dim E - \dim F
En dimension infinie

Ce résultat ne se généralise pas directement en dimension infinie pour les espaces préhilbertiens quelconques. Il faut la complétude (espaces de Hilbert) pour obtenir FF=E\overline{F} \oplus F^\perp = E.

4. Projection orthogonale§

4.1 En dimension finie§

Définition

Soit FF un sous-espace vectoriel d’un espace euclidien EE. La projection orthogonale sur FF est l’unique application linéaire pF:EEp_F : E \to E telle que :

xE,x=pF(x)+(xpF(x))avec pF(x)F et xpF(x)F\forall x \in E, \quad x = p_F(x) + (x - p_F(x)) \quad \text{avec } p_F(x) \in F \text{ et } x - p_F(x) \in F^\perp
Caractérisation de la projection orthogonale

Le projeté orthogonal pF(x)p_F(x) est l’unique élément de FF qui minimise la distance de xx à FF :

xpF(x)=infyFxy=d(x,F)|x - p_F(x)| = \inf_{y \in F} |x - y| = d(x, F)

4.2 Théorème de projection sur un convexe fermé§

Théorème (Projection sur un convexe fermé)

Soit HH un espace de Hilbert réel et CC un convexe fermé non vide de HH. Pour tout xHx \in H, il existe un unique pC(x)Cp_C(x) \in C tel que :

xpC(x)=infyCxy=d(x,C)|x - p_C(x)| = \inf_{y \in C} |x - y| = d(x, C)

De plus, pC(x)p_C(x) est caractérisé par :

pC(x)CetyC,xpC(x),ypC(x)0p_C(x) \in C \quad \text{et} \quad \forall y \in C, \quad \langle x - p_C(x), y - p_C(x) \rangle \leq 0

5. Bases orthonormales et procédé de Gram-Schmidt§

5.1 Familles orthonormales§

Définition

Une famille (e1,,ep)(e_1, \ldots, e_p) de EE est orthonormale (ou orthonormée) si :

ei,ej=δij={1si i=j 0si ij\langle e_i, e_j \rangle = \delta_{ij} = \begin{cases} 1 & \text{si } i = j \ 0 & \text{si } i \neq j \end{cases}
Propriété

Toute famille orthonormale est libre. En particulier, dans un espace euclidien de dimension nn, une famille orthonormale de nn vecteurs est une base.

5.2 Coordonnées dans une base orthonormale§

Si B=(e1,,en)\mathcal{B} = (e_1, \ldots, e_n) est une base orthonormale (BON), alors pour tout xEx \in E :

x=i=1nx,ei,eix = \sum_{i=1}^n \langle x, e_i \rangle , e_i

et x,y=i=1nxiyi\langle x, y \rangle = \sum_{i=1}^n x_i y_ixi=x,eix_i = \langle x, e_i \rangle.

5.3 Procédé de Gram-Schmidt§

Théorème (Gram-Schmidt)

Soit (v1,,vp)(v_1, \ldots, v_p) une famille libre de EE. Il existe une unique famille orthonormale (e1,,ep)(e_1, \ldots, e_p) telle que :

  1. Pour tout k1,,pk \in {1, \ldots, p} : Vect(e1,,ek)=Vect(v1,,vk)\mathrm{Vect}(e_1, \ldots, e_k) = \mathrm{Vect}(v_1, \ldots, v_k).
  2. Pour tout kk : ek,vk>0\langle e_k, v_k \rangle > 0.

Algorithme :

e~1=v1,e1=e~1e~1\tilde{e}_1 = v_1, \quad e_1 = \frac{\tilde{e}_1}{|\tilde{e}_1|}

Pour k2k \geq 2 :

e~k=vki=1k1vk,ei,ei,ek=e~ke~k\tilde{e}_k = v_k - \sum_{i=1}^{k-1} \langle v_k, e_i \rangle , e_i, \quad e_k = \frac{\tilde{e}_k}{|\tilde{e}_k|}
Exemple

Orthonormaliser (v1,v2,v3)=((1,1,0),(1,0,1),(0,1,1))(v_1, v_2, v_3) = ((1,1,0), (1,0,1), (0,1,1)) dans R3\mathbb{R}^3 muni du produit scalaire canonique.

e1=12(1,1,0)e_1 = \frac{1}{\sqrt{2}}(1,1,0).

e~2=(1,0,1)(1,0,1),e1e1=(1,0,1)12(1,1,0)=(12,12,1)\tilde{e}_2 = (1,0,1) - \langle (1,0,1), e_1 \rangle e_1 = (1,0,1) - \frac{1}{2}(1,1,0) = (\frac{1}{2}, -\frac{1}{2}, 1).

e2=13/2(12,12,1)=16(1,1,2)e_2 = \frac{1}{\sqrt{3/2}}(\frac{1}{2}, -\frac{1}{2}, 1) = \frac{1}{\sqrt{6}}(1, -1, 2).

e~3=(0,1,1)(0,1,1),e1e1(0,1,1),e2e2=13(1,1,1)\tilde{e}_3 = (0,1,1) - \langle (0,1,1), e_1\rangle e_1 - \langle (0,1,1), e_2 \rangle e_2 = \frac{1}{3}(-1, 1, 1) (après calcul).

e3=13(1,1,1)e_3 = \frac{1}{\sqrt{3}}(-1, 1, 1).

6. Adjoint d’un endomorphisme§

Définition

Soit EE un espace euclidien et fL(E)f \in \mathcal{L}(E). L’adjoint de ff, noté ff^*, est l’unique endomorphisme de EE tel que :

x,yE,f(x),y=x,f(y)\forall x, y \in E, \quad \langle f(x), y \rangle = \langle x, f^*(y) \rangle
Propriétés
  1. L’adjoint existe et est unique (théorème de Riesz en dimension finie).
  2. (f)=f(f^*)^* = f.
  3. (fg)=gf(f \circ g)^* = g^* \circ f^*.
  4. En BON, la matrice de ff^* est la transposée de la matrice de ff : Mat(f)=Mat(f)T\mathrm{Mat}(f^*) = \mathrm{Mat}(f)^T.

7. Endomorphismes symétriques et théorème spectral§

7.1 Endomorphismes symétriques§

Définition

Un endomorphisme ff d’un espace euclidien EE est symétrique (ou autoadjoint) si f=ff^* = f, c’est-à-dire :

x,yE,f(x),y=x,f(y)\forall x, y \in E, \quad \langle f(x), y \rangle = \langle x, f(y) \rangle

En BON, cela correspond aux matrices symétriques : AT=AA^T = A.

Propriétés des endomorphismes symétriques
  1. Les valeurs propres d’un endomorphisme symétrique sont réelles.
  2. Les sous-espaces propres associés à des valeurs propres distinctes sont orthogonaux.
Démonstration (valeurs propres réelles)

Soit λ\lambda valeur propre complexe de ASn(R)A \in \mathcal{S}_n(\mathbb{R}), et XCn0X \in \mathbb{C}^n \setminus {0} un vecteur propre. Alors AX=λXAX = \lambda X implique :

XTAX=λXTX\overline{X}^T A X = \lambda \overline{X}^T X

Or XTAX=XTATX=AXTX=λ,XTX\overline{X}^T A X = \overline{X}^T A^T X = \overline{AX}^T X = \overline{\lambda} , \overline{X}^T X. Comme XTX=xi2>0\overline{X}^T X = \sum |x_i|^2 > 0, on a λ=λ\lambda = \overline{\lambda}, donc λR\lambda \in \mathbb{R}.

7.2 Théorème spectral§

Théorème spectral (version euclidienne)

Tout endomorphisme symétrique d’un espace euclidien est diagonalisable en base orthonormale.

De manière équivalente : pour toute matrice symétrique réelle ASn(R)A \in \mathcal{S}_n(\mathbb{R}), il existe une matrice orthogonale POn(R)P \in \mathcal{O}_n(\mathbb{R}) telle que :

PTAP=P1AP=diag(λ1,,λn)P^T A P = P^{-1} A P = \mathrm{diag}(\lambda_1, \ldots, \lambda_n)

λ1,,λn\lambda_1, \ldots, \lambda_n sont les valeurs propres de AA (réelles).

Esquisse de démonstration

Par récurrence sur n=dimEn = \dim E.

  1. AA a au moins une valeur propre réelle λ1\lambda_1 (car χA\chi_A est de degré nn et les valeurs propres complexes sont réelles par la propriété ci-dessus).
  2. Soit e1e_1 un vecteur propre unitaire associé à λ1\lambda_1. Alors F=(e1)F = (e_1)^\perp est stable par ff (car ff est symétrique : si x,e1=0\langle x, e_1 \rangle = 0, alors f(x),e1=x,f(e1)=λ1x,e1=0\langle f(x), e_1 \rangle = \langle x, f(e_1) \rangle = \lambda_1 \langle x, e_1 \rangle = 0).
  3. La restriction fFf|_F est un endomorphisme symétrique de l’espace euclidien FF de dimension n1n-1. On conclut par hypothèse de récurrence.
flowchart TD
    A["Matrice symétrique A = Aᵀ"] --> B["Valeurs propres toutes réelles"]
    B --> C["Sous-espaces propres<br/>deux à deux orthogonaux"]
    C --> D["Appliquer Gram-Schmidt<br/>dans chaque sous-espace propre"]
    D --> E["Obtenir une BON<br/>de diagonalisation"]
    E --> F["P orthogonale : P⁻¹ = Pᵀ<br/>D = PᵀAP diagonale"]

8. Endomorphismes orthogonaux§

Définition

Un endomorphisme ff d’un espace euclidien est orthogonal si ff conserve le produit scalaire :

x,yE,f(x),f(y)=x,y\forall x, y \in E, \quad \langle f(x), f(y) \rangle = \langle x, y \rangle

De manière équivalente : ff=ff=Idf^* \circ f = f \circ f^* = \mathrm{Id}.

Caractérisations des endomorphismes orthogonaux

Les propriétés suivantes sont équivalentes :

  1. ff est orthogonal.
  2. ff conserve la norme : f(x)=x|f(x)| = |x| pour tout xx.
  3. ff envoie toute BON sur une BON.
  4. La matrice de ff en BON est orthogonale : ATA=InA^T A = I_n (i.e. A1=ATA^{-1} = A^T).
Propriétés
  • det(f)=±1\det(f) = \pm 1 (car det(ATA)=det(A)2=1\det(A^T A) = \det(A)^2 = 1).
  • Les valeurs propres réelles sont ±1\pm 1.
  • Le groupe orthogonal On(R)\mathcal{O}_n(\mathbb{R}) est l’ensemble des matrices orthogonales.
  • SOn(R)=AOn(R)detA=1SO_n(\mathbb{R}) = {A \in \mathcal{O}_n(\mathbb{R}) \mid \det A = 1} est le groupe spécial orthogonal (rotations).

Classification en petite dimension§

En dimension 2 : toute matrice de O2(R)\mathcal{O}_2(\mathbb{R}) est soit :

En dimension 3 : toute matrice de SO3(R)SO_3(\mathbb{R}) est une rotation d’axe et d’angle θ\theta. Le théorème d’Euler garantit qu’il existe toujours un axe (vecteur propre pour λ=1\lambda = 1).

9. Formes bilinéaires et quadratiques§

9.1 Formes bilinéaires symétriques§

Définition

Une forme bilinéaire symétrique sur EE est une application φ:E×ER\varphi : E \times E \to \mathbb{R} bilinéaire et symétrique. Elle est représentée dans une base B\mathcal{B} par une matrice symétrique SS telle que :

φ(x,y)=XTSY\varphi(x, y) = X^T S Y

X,YX, Y sont les vecteurs-colonnes de coordonnées.

9.2 Formes quadratiques§

Définition

La forme quadratique associée à φ\varphi est q(x)=φ(x,x)q(x) = \varphi(x, x).

On retrouve φ\varphi par polarisation : φ(x,y)=12[q(x+y)q(x)q(y)]\varphi(x, y) = \frac{1}{2}[q(x+y) - q(x) - q(y)].

9.3 Classification : loi d’inertie de Sylvester§

Théorème (Sylvester)

Soit qq une forme quadratique sur un R\mathbb{R}-espace vectoriel EE de dimension nn. Il existe une base (e1,,en)(e_1, \ldots, e_n) de EE dans laquelle :

q(x)=i=1pxi2i=p+1p+qxi2q(x) = \sum_{i=1}^{p} x_i^2 - \sum_{i=p+1}^{p+q_-} x_i^2

Le couple (p,q)(p, q_-) est appelé la signature de qq. Il ne dépend pas de la base choisie.

Conséquences
  • qq est positive     \iff q=0q_- = 0 (signature (p,0)(p, 0)).
  • qq est définie positive     \iff signature (n,0)(n, 0)     \iff qq est un produit scalaire.
  • qq est non dégénérée     \iff p+q=np + q_- = n (pas de composante nulle).
  • Le rang de qq est p+qp + q_-.
Méthode pratique : réduction de Gauss

Pour trouver la signature, on procède par complétion du carré (algorithme de Gauss) :

  1. On cherche un terme carré xi2x_i^2 dans qq.
  2. On complète le carré en xix_i.
  3. On itère sur les variables restantes.
  4. Si aucun carré n’apparaît, on utilise l’identité 2xy=(x+y)2x2y22xy = (x+y)^2 - x^2 - y^2.

10. Exercices types corrigés§

Exercice 1 : Orthonormalisation et projection§

Énoncé

Dans R3\mathbb{R}^3 euclidien canonique, soit F=Vect((1,1,0),(1,0,1))F = \mathrm{Vect}((1, 1, 0), (1, 0, 1)).

  1. Déterminer une BON de FF.
  2. Calculer la projection orthogonale de v=(1,2,3)v = (1, 2, 3) sur FF.

Solution :

1. On applique Gram-Schmidt à (v1,v2)=((1,1,0),(1,0,1))(v_1, v_2) = ((1,1,0), (1,0,1)).

e1=12(1,1,0)e_1 = \frac{1}{\sqrt{2}}(1, 1, 0).

e~2=v2v2,e1e1=(1,0,1)12(1,1,0)=(12,12,1)\tilde{e}_2 = v_2 - \langle v_2, e_1 \rangle e_1 = (1,0,1) - \frac{1}{2}(1,1,0) = (\frac{1}{2}, -\frac{1}{2}, 1).

e~2=14+14+1=32|\tilde{e}_2| = \sqrt{\frac{1}{4} + \frac{1}{4} + 1} = \sqrt{\frac{3}{2}}. Donc e2=16(1,1,2)e_2 = \frac{1}{\sqrt{6}}(1, -1, 2).

2. pF(v)=v,e1e1+v,e2e2p_F(v) = \langle v, e_1 \rangle e_1 + \langle v, e_2 \rangle e_2.

v,e1=12(1+2)=32\langle v, e_1 \rangle = \frac{1}{\sqrt{2}}(1 + 2) = \frac{3}{\sqrt{2}}.

v,e2=16(12+6)=56\langle v, e_2 \rangle = \frac{1}{\sqrt{6}}(1 - 2 + 6) = \frac{5}{\sqrt{6}}.

pF(v)=32(1,1,0)+56(1,1,2)=(32+56,3256,106)=(73,23,53)p_F(v) = \frac{3}{2}(1,1,0) + \frac{5}{6}(1,-1,2) = \left(\frac{3}{2} + \frac{5}{6}, \frac{3}{2} - \frac{5}{6}, \frac{10}{6}\right) = \left(\frac{7}{3}, \frac{2}{3}, \frac{5}{3}\right)

Vérification : vpF(v)=(43,43,43)v - p_F(v) = (-\frac{4}{3}, \frac{4}{3}, \frac{4}{3}), et on vérifie que ce vecteur est orthogonal à v1v_1 et v2v_2.

Exercice 2 : Diagonalisation en BON d’une matrice symétrique§

Énoncé

Diagonaliser en base orthonormale la matrice A=(21 12)A = \begin{pmatrix} 2 & 1 \ 1 & 2 \end{pmatrix}.

Solution :

χA(λ)=(2λ)21=λ24λ+3=(λ1)(λ3)\chi_A(\lambda) = (2 - \lambda)^2 - 1 = \lambda^2 - 4\lambda + 3 = (\lambda - 1)(\lambda - 3).

E1=Vect(1 1)E_1 = \mathrm{Vect}\begin{pmatrix} 1 \ -1 \end{pmatrix}, E3=Vect(1 1)E_3 = \mathrm{Vect}\begin{pmatrix} 1 \ 1 \end{pmatrix}.

Les sous-espaces propres sont orthogonaux (vérifié : (1,1),(1,1)=0\langle (1,-1), (1,1) \rangle = 0).

On normalise : e1=12(1,1)e_1 = \frac{1}{\sqrt{2}}(1, -1), e2=12(1,1)e_2 = \frac{1}{\sqrt{2}}(1, 1).

P=12(11 11)O2(R),PTAP=(10 03)P = \frac{1}{\sqrt{2}}\begin{pmatrix} 1 & 1 \ -1 & 1 \end{pmatrix} \in \mathcal{O}_2(\mathbb{R}), \quad P^T A P = \begin{pmatrix} 1 & 0 \ 0 & 3 \end{pmatrix}

Exercice 3 : Endomorphismes orthogonaux§

Énoncé

Soit AOn(R)A \in \mathcal{O}_n(\mathbb{R}). Montrer que det(A)=±1\det(A) = \pm 1 et que si λ\lambda est valeur propre réelle de AA, alors λ=±1\lambda = \pm 1.

Solution :

ATA=InA^T A = I_n, donc det(AT)det(A)=det(In)=1\det(A^T)\det(A) = \det(I_n) = 1. Comme det(AT)=det(A)\det(A^T) = \det(A), on a det(A)2=1\det(A)^2 = 1, d’où det(A)=±1\det(A) = \pm 1.

Soit λR\lambda \in \mathbb{R} une valeur propre de AA, et x0x \neq 0 tel que Ax=λxAx = \lambda x. Alors :

x2=xTx=xTATAx=(Ax)T(Ax)=λ2xTx=λ2x2|x|^2 = x^T x = x^T A^T A x = (Ax)^T(Ax) = \lambda^2 x^T x = \lambda^2 |x|^2

Comme x2>0|x|^2 > 0, on a λ2=1\lambda^2 = 1, donc λ=±1\lambda = \pm 1.

Exercice 4 : Signature d’une forme quadratique§

Énoncé

Déterminer la signature de q(x,y,z)=x2+2xy+2xz+2y2+2yz+z2q(x, y, z) = x^2 + 2xy + 2xz + 2y^2 + 2yz + z^2 sur R3\mathbb{R}^3.

Solution :

On procède par complétion du carré (méthode de Gauss).

q=(x+y+z)2y2z22yz+2y2+2yz+z2q = (x + y + z)^2 - y^2 - z^2 - 2yz + 2y^2 + 2yz + z^2

=(x+y+z)2+y2= (x + y + z)^2 + y^2

En posant u=x+y+zu = x + y + z, v=yv = y, w=zw = z, on obtient q=u2+v2q = u^2 + v^2.

La signature est (2,0)(2, 0) et le rang est 22. La forme quadratique est positive mais non définie (car le rang est inférieur à n=3n = 3).

Le noyau est (x,y,z)x+y+z=0 et y=0=Vect((1,0,1)){(x,y,z) \mid x + y + z = 0 \text{ et } y = 0} = \mathrm{Vect}((1, 0, -1)).