La réduction des endomorphismes est l’un des chapitres centraux de l’algèbre linéaire en Math Spé. L’objectif est de trouver une base dans laquelle la matrice d’un endomorphisme est la plus simple possible (diagonale, triangulaire, etc.). Ce chapitre a de nombreuses applications en analyse (systèmes différentiels, suites récurrentes) et en géométrie.

1. Rappels fondamentaux§

1.1 Endomorphismes§

Soit EE un K\mathbb{K}-espace vectoriel de dimension finie nn (K=R\mathbb{K} = \mathbb{R} ou C\mathbb{C}).

Définition

Un endomorphisme de EE est une application linéaire f:EEf : E \to E. L’ensemble des endomorphismes de EE est noté L(E)\mathcal{L}(E).

On rappelle que L(E)\mathcal{L}(E) est une K\mathbb{K}-algèbre de dimension n2n^2, munie de la composition \circ comme loi interne multiplicative.

1.2 Matrice d’un endomorphisme§

Soit B=(e1,,en)\mathcal{B} = (e_1, \ldots, e_n) une base de EE. La matrice de ff dans la base B\mathcal{B} est :

MatB(f)=A=(aij)Mn(K)\mathrm{Mat}_{\mathcal{B}}(f) = A = (a_{ij}) \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K})

f(ej)=i=1naijeif(e_j) = \sum_{i=1}^n a_{ij} e_i.

Formule de changement de base

Si B\mathcal{B}' est une autre base de EE et P=Pass(B,B)P = \mathrm{Pass}(\mathcal{B}, \mathcal{B}') la matrice de passage, alors :

MatB(f)=P1AP\mathrm{Mat}_{\mathcal{B}'}(f) = P^{-1} A P

Deux matrices AA et BB sont semblables s’il existe PP inversible telle que B=P1APB = P^{-1}AP.

2. Éléments propres§

2.1 Valeurs propres et vecteurs propres§

Définition

Soit fL(E)f \in \mathcal{L}(E).

  • Un scalaire λK\lambda \in \mathbb{K} est une valeur propre de ff s’il existe un vecteur x0x \neq 0 tel que f(x)=λxf(x) = \lambda x.
  • Un tel vecteur xx est appelé vecteur propre de ff associé à λ\lambda.
  • L’ensemble Sp(f)=λKλ est valeur propre de f\mathrm{Sp}(f) = {\lambda \in \mathbb{K} \mid \lambda \text{ est valeur propre de } f} est le spectre de ff.

2.2 Sous-espaces propres§

Définition

Le sous-espace propre associé à la valeur propre λ\lambda est :

Eλ=ker(fλId)=xEf(x)=λxE_\lambda = \ker(f - \lambda \mathrm{Id}) = {x \in E \mid f(x) = \lambda x}
Propriétés fondamentales
  1. λ\lambda est valeur propre de ff si et seulement si Eλ0E_\lambda \neq {0}.
  2. Des vecteurs propres associés à des valeurs propres distinctes sont linéairement indépendants.
  3. La somme des sous-espaces propres est directe : λSp(f)EλE\bigoplus_{\lambda \in \mathrm{Sp}(f)} E_\lambda \subset E.
Exemple

Soit f:R2R2f : \mathbb{R}^2 \to \mathbb{R}^2 de matrice A=(21 03)A = \begin{pmatrix} 2 & 1 \ 0 & 3 \end{pmatrix} dans la base canonique.

  • f(e1)=2e1f(e_1) = 2e_1 donc λ1=2\lambda_1 = 2 est valeur propre et e1E2e_1 \in E_2.
  • On résout Ax=3xAx = 3x : on trouve E3=Vect((1,1))E_3 = \mathrm{Vect}((1, 1)).

3. Polynôme caractéristique§

3.1 Définition et propriétés§

Définition

Le polynôme caractéristique de ff (ou de A=MatB(f)A = \mathrm{Mat}_{\mathcal{B}}(f)) est :

χf(λ)=det(fλId)=det(AλIn)\chi_f(\lambda) = \det(f - \lambda \mathrm{Id}) = \det(A - \lambda I_n)

C’est un polynôme de degré nn en λ\lambda, unitaire au signe (1)n(-1)^n près.

On écrit souvent :

χf(λ)=(1)nλn+(1)n1tr(A)λn1++det(A)\chi_f(\lambda) = (-1)^n \lambda^n + (-1)^{n-1} \mathrm{tr}(A) \lambda^{n-1} + \cdots + \det(A)
Propriétés
  1. λ0\lambda_0 est valeur propre de ff     \iff χf(λ0)=0\chi_f(\lambda_0) = 0.
  2. Le polynôme caractéristique est un invariant de similitude.
  3. tr(A)=λi\mathrm{tr}(A) = \sum \lambda_i (somme des valeurs propres comptées avec multiplicité).
  4. det(A)=λi\det(A) = \prod \lambda_i (produit des valeurs propres comptées avec multiplicité).

3.2 Multiplicité algébrique et géométrique§

Définition

Soit λ0\lambda_0 une valeur propre de ff.

  • La multiplicité algébrique ma(λ0)m_a(\lambda_0) est l’ordre de λ0\lambda_0 comme racine de χf\chi_f.
  • La multiplicité géométrique mg(λ0)m_g(\lambda_0) est dimEλ0\dim E_{\lambda_0}.
Inégalité fondamentale

Pour toute valeur propre λ0\lambda_0 :

1mg(λ0)ma(λ0)1 \leq m_g(\lambda_0) \leq m_a(\lambda_0)

4. Polynôme minimal§

Définition

Le polynôme minimal de ff, noté μf\mu_f, est le polynôme unitaire de plus petit degré tel que μf(f)=0\mu_f(f) = 0.

Propriétés du polynôme minimal
  1. μf\mu_f divise tout polynôme annulateur de ff.
  2. μf\mu_f divise χf\chi_f (conséquence du théorème de Cayley-Hamilton).
  3. μf\mu_f et χf\chi_f ont les mêmes racines (mais pas nécessairement les mêmes multiplicités).
  4. ff est diagonalisable     \iff μf\mu_f est scindé à racines simples.

5. Théorème de Cayley-Hamilton§

Théorème (Cayley-Hamilton)

Tout endomorphisme ff d’un espace vectoriel de dimension finie annule son polynôme caractéristique :

χf(f)=0\chi_f(f) = 0
Esquisse de démonstration

Sur C\mathbb{C} : par trigonalisation, on se ramène au cas triangulaire. Si TT est triangulaire supérieure de valeurs diagonales λ1,,λn\lambda_1, \ldots, \lambda_n, on vérifie que (Tλ1I)(Tλ2I)(TλnI)=0(T - \lambda_1 I)(T - \lambda_2 I) \cdots (T - \lambda_n I) = 0 en montrant que l’image de ce produit partiel est de dimension décroissante.

Sur R\mathbb{R} : on plonge dans C\mathbb{C} et on utilise le fait que l’identité polynomiale reste valable.

Application

Soit A=(12 03)A = \begin{pmatrix} 1 & 2 \ 0 & 3 \end{pmatrix}. On a χA(λ)=(λ1)(λ3)=λ24λ+3\chi_A(\lambda) = (\lambda - 1)(\lambda - 3) = \lambda^2 - 4\lambda + 3.

Par Cayley-Hamilton : A24A+3I=0A^2 - 4A + 3I = 0, donc A2=4A3IA^2 = 4A - 3I.

Cela permet de calculer toute puissance de AA par récurrence.

6. Diagonalisation§

6.1 Condition nécessaire et suffisante§

Théorème

fL(E)f \in \mathcal{L}(E) est diagonalisable si et seulement si :

  1. χf\chi_f est scindé sur K\mathbb{K}, et
  2. Pour chaque valeur propre λ\lambda, on a mg(λ)=ma(λ)m_g(\lambda) = m_a(\lambda).

De manière équivalente : E=λSp(f)EλE = \bigoplus_{\lambda \in \mathrm{Sp}(f)} E_\lambda.

Critères alternatifs de diagonalisabilité
  • ff admet nn valeurs propres distinctes     \implies ff est diagonalisable (réciproque fausse).
  • ff est diagonalisable     \iff μf\mu_f est scindé à racines simples.
  • Si f2=ff^2 = f (projecteur) ou f2=Idf^2 = \mathrm{Id} (involution), alors ff est diagonalisable.

6.2 Méthode pratique de diagonalisation§

flowchart TD
    A["Calculer le polynôme caractéristique χ_f(λ)"] --> B{"χ_f est-il scindé sur K ?"}
    B -- Non --> C["f n'est pas diagonalisable sur K"]
    B -- Oui --> D["Factoriser χ_f : trouver les valeurs propres λ₁, ..., λₚ<br/>et leurs multiplicités algébriques m_a(λᵢ)"]
    D --> E["Pour chaque λᵢ, calculer<br/>E_λᵢ = ker(f - λᵢ Id)"]
    E --> F{"Pour tout i,<br/>dim E_λᵢ = m_a(λᵢ) ?"}
    F -- Non --> G["f n'est pas diagonalisable"]
    F -- Oui --> H["f est diagonalisable.<br/>Former une base de chaque E_λᵢ.<br/>La réunion donne une base<br/>de diagonalisation P."]
    H --> I["D = P⁻¹AP est diagonale"]

6.3 Exemple complet de diagonalisation§

Diagonalisation d’une matrice 3×33 \times 3

Soit A=(411 252 112)A = \begin{pmatrix} 4 & 1 & -1 \ 2 & 5 & -2 \ 1 & 1 & 2 \end{pmatrix}.

Étape 1 : Polynôme caractéristique.

χA(λ)=det(AλI)=λ3+11λ239λ+45=(λ3)2(λ5)\chi_A(\lambda) = \det(A - \lambda I) = -\lambda^3 + 11\lambda^2 - 39\lambda + 45 = -(\lambda - 3)^2(\lambda - 5)

Les valeurs propres sont λ1=3\lambda_1 = 3 (multiplicité algébrique 2) et λ2=5\lambda_2 = 5 (multiplicité 1).

Étape 2 : Sous-espaces propres.

E3=ker(A3I)E_3 = \ker(A - 3I) : on résout (A3I)x=0(A - 3I)x = 0 :

A3I=(111 222 111)    E3=Vect((1 1 0),(1 0 1))A - 3I = \begin{pmatrix} 1 & 1 & -1 \ 2 & 2 & -2 \ 1 & 1 & -1 \end{pmatrix} \implies E_3 = \mathrm{Vect}\left(\begin{pmatrix} 1 \ -1 \ 0 \end{pmatrix}, \begin{pmatrix} 1 \ 0 \ 1 \end{pmatrix}\right)

Donc dimE3=2=ma(3)\dim E_3 = 2 = m_a(3). De même, E5=Vect((1 2 1))E_5 = \mathrm{Vect}\left(\begin{pmatrix} 1 \ 2 \ 1 \end{pmatrix}\right).

Conclusion : AA est diagonalisable. En posant P=(111 102 011)P = \begin{pmatrix} 1 & 1 & 1 \ -1 & 0 & 2 \ 0 & 1 & 1 \end{pmatrix}, on a P1AP=diag(3,3,5)P^{-1}AP = \mathrm{diag}(3, 3, 5).

7. Trigonalisation§

7.1 Théorème de trigonalisation sur C\mathbb{C}§

Théorème

Toute matrice AMn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) est trigonalisable : il existe PGLn(C)P \in GL_n(\mathbb{C}) telle que P1APP^{-1}AP est triangulaire supérieure.

De manière équivalente : tout endomorphisme d’un C\mathbb{C}-espace vectoriel de dimension finie est trigonalisable.

Esquisse de démonstration

Par récurrence sur n=dimEn = \dim E.

  • Initialisation : pour n=1n = 1, toute matrice 1×11 \times 1 est triangulaire.
  • Hérédité : sur C\mathbb{C}, χf\chi_f admet une racine λ1\lambda_1 (théorème de d’Alembert). Soit e1e_1 un vecteur propre associé. On complète (e1)(e_1) en une base de EE. Dans cette base, la matrice de ff a la forme :
(λ1 0B)\begin{pmatrix} \lambda_1 & * \ 0 & B \end{pmatrix}

Par hypothèse de récurrence, BB est trigonalisable, d’où le résultat.

Attention

Sur R\mathbb{R}, une matrice n’est pas toujours trigonalisable. Par exemple, la matrice de rotation Rθ=(cosθsinθ sinθcosθ)R_\theta = \begin{pmatrix} \cos\theta & -\sin\theta \ \sin\theta & \cos\theta \end{pmatrix} pour θ0,π\theta \notin {0, \pi} n’est pas trigonalisable sur R\mathbb{R}.

7.2 Trigonalisation sur R\mathbb{R}§

Théorème

Une matrice AMn(R)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) est trigonalisable sur R\mathbb{R} si et seulement si χA\chi_A est scindé sur R\mathbb{R}.

8. Sous-espaces caractéristiques§

Définition

Soit λ\lambda une valeur propre de ff de multiplicité algébrique ma(λ)m_a(\lambda). Le sous-espace caractéristique associé à λ\lambda est :

Fλ=ker(fλId)ma(λ)F_\lambda = \ker(f - \lambda \mathrm{Id})^{m_a(\lambda)}
Propriétés
  1. EλFλE_\lambda \subset F_\lambda (tout sous-espace propre est inclus dans le sous-espace caractéristique).
  2. dimFλ=ma(λ)\dim F_\lambda = m_a(\lambda).
  3. Si χf\chi_f est scindé, alors E=λSp(f)FλE = \bigoplus_{\lambda \in \mathrm{Sp}(f)} F_\lambda (décomposition de Dunford-Jordan).
  4. ff est diagonalisable     \iff pour tout λ\lambda, Eλ=FλE_\lambda = F_\lambda.

9. Applications§

9.1 Calcul de AnA^n§

Si A=PDP1A = PDP^{-1} avec D=diag(λ1,,λn)D = \mathrm{diag}(\lambda_1, \ldots, \lambda_n), alors :

An=PDnP1=P,diag(λ1n,,λnn),P1A^n = P D^n P^{-1} = P , \mathrm{diag}(\lambda_1^n, \ldots, \lambda_n^n) , P^{-1}
Exemple : Puissance d’une matrice

Avec l’exemple précédent (AA diagonalisable en D=diag(3,3,5)D = \mathrm{diag}(3, 3, 5)) :

An=P(3n00 03n0 005n)P1A^n = P \begin{pmatrix} 3^n & 0 & 0 \ 0 & 3^n & 0 \ 0 & 0 & 5^n \end{pmatrix} P^{-1}

Pour une matrice non diagonalisable mais trigonalisable, on écrit A=D+NA = D + N avec DD diagonale et NN nilpotente (DN=NDDN = ND), puis on utilise la formule du binôme :

An=(D+N)n=k=0p(nk)DnkNkA^n = (D + N)^n = \sum_{k=0}^{p} \binom{n}{k} D^{n-k} N^k

pp est l’indice de nilpotence de NN.

9.2 Résolution de systèmes différentiels linéaires§

On considère le système X(t)=AX(t)X'(t) = AX(t) avec AMn(R)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}).

Cas diagonalisable : Si A=PDP1A = PDP^{-1}, on pose Y=P1XY = P^{-1}X, alors Y=DYY' = DY et :

Y(t)=(c1eλ1t  cneλnt)    X(t)=PY(t)Y(t) = \begin{pmatrix} c_1 e^{\lambda_1 t} \ \vdots \ c_n e^{\lambda_n t} \end{pmatrix} \implies X(t) = PY(t)
Exemple

Soit le système {x=2x+y y=3y\begin{cases} x' = 2x + y \ y' = 3y \end{cases}, soit A=(21 03)A = \begin{pmatrix} 2 & 1 \ 0 & 3 \end{pmatrix}.

Valeurs propres : λ1=2\lambda_1 = 2, λ2=3\lambda_2 = 3. AA est diagonalisable (2 valeurs propres distinctes en dimension 2).

E2=Vect(e1)E_2 = \mathrm{Vect}(e_1), E3=Vect((1,1)T)E_3 = \mathrm{Vect}((1,1)^T). On pose P=(11 01)P = \begin{pmatrix} 1 & 1 \ 0 & 1 \end{pmatrix}.

Solution : X(t)=c1e2t(1 0)+c2e3t(1 1)X(t) = c_1 e^{2t} \begin{pmatrix} 1 \ 0 \end{pmatrix} + c_2 e^{3t} \begin{pmatrix} 1 \ 1 \end{pmatrix}.

Cas général : on utilise l’exponentielle de matrice etA=k=0tkAkk!e^{tA} = \sum_{k=0}^{\infty} \frac{t^k A^k}{k!} et la solution est X(t)=etAX(0)X(t) = e^{tA} X(0).

9.3 Suites récurrentes linéaires§

Soit la suite récurrente un+2=aun+1+bunu_{n+2} = au_{n+1} + bu_n. On pose Xn=(un+1 un)X_n = \begin{pmatrix} u_{n+1} \ u_n \end{pmatrix} et A=(ab 10)A = \begin{pmatrix} a & b \ 1 & 0 \end{pmatrix}.

Alors Xn=AnX0X_n = A^n X_0, ce qui ramène au calcul de AnA^n.

Suite de Fibonacci

un+2=un+1+unu_{n+2} = u_{n+1} + u_n, avec u0=0u_0 = 0, u1=1u_1 = 1.

Matrice compagnon : A=(11 10)A = \begin{pmatrix} 1 & 1 \ 1 & 0 \end{pmatrix}.

χA(λ)=λ2λ1\chi_A(\lambda) = \lambda^2 - \lambda - 1, racines φ=1+52\varphi = \frac{1+\sqrt{5}}{2} et ψ=152\psi = \frac{1-\sqrt{5}}{2}.

On obtient la formule de Binet :

un=φnψn5=15[(1+52)n(152)n]u_n = \frac{\varphi^n - \psi^n}{\sqrt{5}} = \frac{1}{\sqrt{5}}\left[\left(\frac{1+\sqrt{5}}{2}\right)^n - \left(\frac{1-\sqrt{5}}{2}\right)^n\right]

10. Résumé des liens entre notions§

flowchart LR
    A["Polynôme caractéristique χ_f"] --> B["Valeurs propres<br/>(racines de χ_f)"]
    B --> C["Sous-espaces propres E_λ"]
    A --> D["Polynôme minimal μ_f"]
    D --> E{"μ_f scindé à<br/>racines simples ?"}
    E -- Oui --> F["f diagonalisable"]
    E -- Non --> G["f non diagonalisable"]
    B --> H["Sous-espaces<br/>caractéristiques F_λ"]
    H --> I["Décomposition<br/>de Dunford"]
    F --> J["Applications :<br/>A^n, syst. diff., suites"]
    G --> K["Trigonalisation<br/>(sur C)"]
    K --> J

11. Exercices types corrigés§

Exercice 1 : Diagonalisation et calcul de puissance§

Énoncé

Soit A=(56 34)A = \begin{pmatrix} 5 & -6 \ 3 & -4 \end{pmatrix}. Montrer que AA est diagonalisable et calculer AnA^n pour tout nNn \in \mathbb{N}.

Solution :

χA(λ)=(5λ)(4λ)+18=λ2λ2=(λ2)(λ+1)\chi_A(\lambda) = (5 - \lambda)(-4 - \lambda) + 18 = \lambda^2 - \lambda - 2 = (\lambda - 2)(\lambda + 1).

Valeurs propres : λ1=2\lambda_1 = 2, λ2=1\lambda_2 = -1. Comme elles sont distinctes, AA est diagonalisable.

E2=ker(A2I)=Vect(2 1)E_2 = \ker(A - 2I) = \mathrm{Vect}\begin{pmatrix} 2 \ 1 \end{pmatrix}, E1=ker(A+I)=Vect(1 1)E_{-1} = \ker(A + I) = \mathrm{Vect}\begin{pmatrix} 1 \ 1 \end{pmatrix}.

On pose P=(21 11)P = \begin{pmatrix} 2 & 1 \ 1 & 1 \end{pmatrix}, P1=(11 12)P^{-1} = \begin{pmatrix} 1 & -1 \ -1 & 2 \end{pmatrix}.

An=P(2n0 0(1)n)P1=(2n+1(1)n2n+1+2(1)n 2n(1)n2n+2(1)n)A^n = P \begin{pmatrix} 2^n & 0 \ 0 & (-1)^n \end{pmatrix} P^{-1} = \begin{pmatrix} 2^{n+1} - (-1)^n & -2^{n+1} + 2(-1)^n \ 2^n - (-1)^n & -2^n + 2(-1)^n \end{pmatrix}

Vérification : pour n=0n = 0, on obtient bien I2I_2, et pour n=1n = 1, on retrouve AA.

Exercice 2 : Polynôme minimal et diagonalisabilité§

Énoncé

Soit A=(210 020 003)A = \begin{pmatrix} 2 & 1 & 0 \ 0 & 2 & 0 \ 0 & 0 & 3 \end{pmatrix}. Déterminer χA\chi_A, μA\mu_A, et décider si AA est diagonalisable.

Solution :

χA(λ)=(2λ)2(3λ)\chi_A(\lambda) = (2 - \lambda)^2(3 - \lambda). Valeurs propres : λ1=2\lambda_1 = 2 (ma=2m_a = 2), λ2=3\lambda_2 = 3 (ma=1m_a = 1).

E2=ker(A2I)=Vect(e1)E_2 = \ker(A - 2I) = \mathrm{Vect}(e_1), donc dimE2=12=ma(2)\dim E_2 = 1 \neq 2 = m_a(2).

AA n’est pas diagonalisable.

Pour le polynôme minimal, on vérifie : (A2I)(A3I)=(010 000 000)0(A - 2I)(A - 3I) = \begin{pmatrix} 0 & -1 & 0 \ 0 & 0 & 0 \ 0 & 0 & 0 \end{pmatrix} \neq 0.

Mais (A2I)2(A3I)=0(A - 2I)^2(A - 3I) = 0. Donc μA(λ)=(λ2)2(λ3)=χA(λ)\mu_A(\lambda) = (\lambda - 2)^2(\lambda - 3) = \chi_A(\lambda).

Ici μA=χA\mu_A = \chi_A, ce qui confirme que AA n’est pas diagonalisable (car μA\mu_A n’est pas scindé à racines simples).

Exercice 3 : Système différentiel§

Énoncé

Résoudre le système {x(t)=4xy y(t)=2x+y\begin{cases} x'(t) = 4x - y \ y'(t) = 2x + y \end{cases}.

Solution :

Matrice du système : A=(41 21)A = \begin{pmatrix} 4 & -1 \ 2 & 1 \end{pmatrix}.

χA(λ)=λ25λ+6=(λ2)(λ3)\chi_A(\lambda) = \lambda^2 - 5\lambda + 6 = (\lambda - 2)(\lambda - 3).

E2=Vect(1 2)E_2 = \mathrm{Vect}\begin{pmatrix} 1 \ 2 \end{pmatrix}, E3=Vect(1 1)E_3 = \mathrm{Vect}\begin{pmatrix} 1 \ 1 \end{pmatrix}.

Solution générale :

(x(t) y(t))=c1e2t(1 2)+c2e3t(1 1)\begin{pmatrix} x(t) \ y(t) \end{pmatrix} = c_1 e^{2t} \begin{pmatrix} 1 \ 2 \end{pmatrix} + c_2 e^{3t} \begin{pmatrix} 1 \ 1 \end{pmatrix}

Soit x(t)=c1e2t+c2e3tx(t) = c_1 e^{2t} + c_2 e^{3t} et y(t)=2c1e2t+c2e3ty(t) = 2c_1 e^{2t} + c_2 e^{3t}.

Exercice 4 : Cayley-Hamilton et inverse§

Énoncé

Soit A=(110 011 002)A = \begin{pmatrix} 1 & 1 & 0 \ 0 & 1 & 1 \ 0 & 0 & 2 \end{pmatrix}. Utiliser Cayley-Hamilton pour exprimer A1A^{-1} comme polynôme en AA.

Solution :

χA(λ)=(1λ)2(2λ)=λ3+4λ25λ+2\chi_A(\lambda) = (1 - \lambda)^2(2 - \lambda) = -\lambda^3 + 4\lambda^2 - 5\lambda + 2.

Par Cayley-Hamilton : A3+4A25A+2I=0-A^3 + 4A^2 - 5A + 2I = 0.

Donc 2I=A34A2+5A=A(A24A+5I)2I = A^3 - 4A^2 + 5A = A(A^2 - 4A + 5I).

Ainsi A1=12(A24A+5I)A^{-1} = \frac{1}{2}(A^2 - 4A + 5I).

On vérifie : A2=(121 013 004)A^2 = \begin{pmatrix} 1 & 2 & 1 \ 0 & 1 & 3 \ 0 & 0 & 4 \end{pmatrix}, d’où :

A1=12(121 013 004)2(110 011 002)+52I=(1112 0112 0012)A^{-1} = \frac{1}{2}\begin{pmatrix} 1 & 2 & 1 \ 0 & 1 & 3 \ 0 & 0 & 4 \end{pmatrix} - 2\begin{pmatrix} 1 & 1 & 0 \ 0 & 1 & 1 \ 0 & 0 & 2 \end{pmatrix} + \frac{5}{2}I = \begin{pmatrix} 1 & -1 & \frac{1}{2} \ 0 & 1 & -\frac{1}{2} \ 0 & 0 & \frac{1}{2} \end{pmatrix}