Introduction§

La topologie fournit le cadre rigoureux pour parler de « proximité », de convergence et de continuité, au-delà de R\mathbb{R}. En prépa, on travaille dans les espaces métriques, qui généralisent Rn\mathbb{R}^n muni de ses normes. Ce chapitre est fondamental : il sous-tend l’analyse fonctionnelle, les équations différentielles, et la théorie de l’intégration.

1. Espaces métriques§

1.1 Distance§

Définition

Soit EE un ensemble. Une distance (ou métrique) sur EE est une application d:E×ER+d : E \times E \to \mathbb{R}_+ vérifiant pour tous x,y,zEx, y, z \in E :

  1. Séparation : d(x,y)=0    x=yd(x, y) = 0 \iff x = y
  2. Symétrie : d(x,y)=d(y,x)d(x, y) = d(y, x)
  3. Inégalité triangulaire : d(x,z)d(x,y)+d(y,z)d(x, z) \leq d(x, y) + d(y, z)

Le couple (E,d)(E, d) est un espace métrique.

1.2 Exemples fondamentaux§

EspaceDistanceNotation
Rn\mathbb{R}^n euclidiend2(x,y)=(xiyi)2d_2(x,y) = \sqrt{\sum (x_i - y_i)^2}(Rn,d2)({\mathbb{R}^n}, d_2)
Rn\mathbb{R}^n norme supd(x,y)=maxixiyid_\infty(x,y) = \max_i |x_i - y_i|(Rn,d)({\mathbb{R}^n}, d_\infty)
C([a,b],R)\mathcal{C}([a,b], \mathbb{R})d(f,g)=supt[a,b]f(t)g(t)d_\infty(f,g) = \sup_{t \in [a,b]} |f(t) - g(t)|Convergence uniforme
C([a,b],R)\mathcal{C}([a,b], \mathbb{R})d1(f,g)=abf(t)g(t),dtd_1(f,g) = \int_a^b |f(t) - g(t)|,dtConvergence en moyenne
Remarque

Tout espace vectoriel normé (E,)(E, |\cdot|) est un espace métrique pour d(x,y)=xyd(x,y) = |x - y|. Mais il existe des espaces métriques qui ne proviennent pas d’une norme (par exemple la distance discrète).

1.3 Distance discrète§

Exemple

La distance discrète sur un ensemble EE quelconque : d(x,y)=0d(x,y) = 0 si x=yx = y, d(x,y)=1d(x,y) = 1 sinon. Elle vérifie les trois axiomes. Tout sous-ensemble est à la fois ouvert et fermé.

2. Boules, voisinages, ouverts, fermés§

2.1 Boules§

Définition
  • Boule ouverte : B(a,r)=xE:d(x,a)<rB(a, r) = {x \in E : d(x, a) < r}
  • Boule fermée : B(a,r)=xE:d(x,a)r\overline{B}(a, r) = {x \in E : d(x, a) \leq r}
  • Sphère : S(a,r)=xE:d(x,a)=rS(a, r) = {x \in E : d(x, a) = r}

2.2 Ouverts§

Définition

UEU \subset E est un ouvert si pour tout xUx \in U, il existe r>0r > 0 tel que B(x,r)UB(x, r) \subset U.

Propriétés des ouverts
  1. \varnothing et EE sont ouverts.
  2. Toute union (même infinie) d’ouverts est un ouvert.
  3. Toute intersection finie d’ouverts est un ouvert.
  4. Les boules ouvertes sont des ouverts.
Attention

Une intersection infinie d’ouverts n’est pas nécessairement ouverte. Exemple : n=1+]1n,1n[=0\displaystyle\bigcap_{n=1}^{+\infty} \left]-\frac{1}{n}, \frac{1}{n}\right[ = {0}, qui n’est pas ouvert dans R\mathbb{R}.

2.3 Fermés§

Définition

FEF \subset E est un fermé si EFE \setminus F est un ouvert.

Propriétés des fermés
  1. \varnothing et EE sont fermés.
  2. Toute intersection (même infinie) de fermés est un fermé.
  3. Toute union finie de fermés est un fermé.

2.4 Adhérence, intérieur, frontière§

Définitions
  • L’adhérence A\overline{A} est le plus petit fermé contenant AA :
A=xE:r>0,,B(x,r)A\overline{A} = {x \in E : \forall r > 0,, B(x, r) \cap A \neq \varnothing}
  • L’intérieur A˚\mathring{A} est le plus grand ouvert contenu dans AA.
  • La frontière A=AA˚\partial A = \overline{A} \setminus \mathring{A}.
  • AA est dense dans EE si A=E\overline{A} = E.
Exemples dans R\mathbb{R}
  • Q=R\overline{\mathbb{Q}} = \mathbb{R} (les rationnels sont denses dans R\mathbb{R})
  • Q˚=\mathring{\mathbb{Q}} = \varnothing
  • ]0,1[=[0,1]\overline{]0,1[} = [0,1], ,]0,1[=0,1\partial,]0,1[ = {0, 1}

3. Suites dans un espace métrique§

3.1 Convergence§

Définition

(xn)(x_n) converge vers E\ell \in E si d(xn,)0d(x_n, \ell) \to 0, i.e. :

ε>0,,NN,,nN,d(xn,)<ε\forall \varepsilon > 0,, \exists N \in \mathbb{N},, \forall n \geq N, \quad d(x_n, \ell) < \varepsilon
Unicité de la limite

Dans un espace métrique, la limite est unique (conséquence de la séparation).

3.2 Valeurs d’adhérence§

Définition

\ell est une valeur d’adhérence de (xn)(x_n) s’il existe une sous-suite (xφ(n))(x_{\varphi(n)}) convergeant vers \ell.

3.3 Caractérisation séquentielle des fermés§

Théorème

FEF \subset E est fermé si et seulement si toute suite d’éléments de FF qui converge dans EE a sa limite dans FF.

Preuve.

()(\Rightarrow) Soit (xn)F(x_n) \subset F avec xnx_n \to \ell. Si F\ell \notin F, alors EF\ell \in E \setminus F qui est ouvert, donc il existe r>0r > 0 avec B(,r)EFB(\ell, r) \subset E \setminus F. Mais xnx_n \to \ell implique xnB(,r)x_n \in B(\ell, r) pour nn assez grand, contradiction avec xnFx_n \in F.

()(\Leftarrow) Montrons que EFE \setminus F est ouvert. Si xEFx \in E \setminus F et qu’il n’existe pas de boule B(x,r)EFB(x, r) \subset E \setminus F, alors pour tout nn, il existe xnB(x,1/n)Fx_n \in B(x, 1/n) \cap F. Alors xnxx_n \to x et xnFx_n \in F, donc xFx \in F par hypothèse, contradiction. \blacksquare

3.4 Caractérisation séquentielle de l’adhérence§

Proposition

xAx \in \overline{A} si et seulement s’il existe une suite (an)A(a_n) \subset A telle que anxa_n \to x.

4. Continuité§

4.1 Définition§

Définition

Soient (E,dE)(E, d_E) et (F,dF)(F, d_F) deux espaces métriques. f:EFf : E \to F est continue en aEa \in E si :

ε>0,,δ>0,,xE,dE(x,a)<δ    dF(f(x),f(a))<ε\forall \varepsilon > 0,, \exists \delta > 0,, \forall x \in E, \quad d_E(x, a) < \delta \implies d_F(f(x), f(a)) < \varepsilon

4.2 Caractérisation séquentielle§

Théorème

f:EFf : E \to F est continue en aa si et seulement si pour toute suite (xn)(x_n) convergeant vers aa dans EE, la suite (f(xn))(f(x_n)) converge vers f(a)f(a) dans FF.

Utilité

La caractérisation séquentielle est souvent plus facile à utiliser que la définition ε\varepsilon-δ\delta. Elle est aussi très utile pour montrer qu’une fonction n’est pas continue (il suffit d’exhiber une suite).

4.3 Caractérisation topologique§

Théorème

f:EFf : E \to F est continue (sur tout EE) si et seulement si l’image réciproque de tout ouvert de FF est un ouvert de EE.

Équivalemment : l’image réciproque de tout fermé est un fermé.

5. Continuité uniforme et fonctions lipschitziennes§

5.1 Continuité uniforme§

Définition

f:EFf : E \to F est uniformément continue si :

ε>0,,δ>0,,x,yE,dE(x,y)<δ    dF(f(x),f(y))<ε\forall \varepsilon > 0,, \exists \delta > 0,, \forall x, y \in E, \quad d_E(x, y) < \delta \implies d_F(f(x), f(y)) < \varepsilon
Différence avec la continuité simple

La continuité simple dit : « pour chaque aa, il existe δ\delta (qui peut dépendre de aa) ». La continuité uniforme dit : « il existe δ\delta qui marche pour tous les aa en même temps ».

5.2 Fonctions lipschitziennes§

Définition

f:EFf : E \to F est kk-lipschitzienne (avec k0k \geq 0) si :

x,yE,dF(f(x),f(y))k,dE(x,y)\forall x, y \in E, \quad d_F(f(x), f(y)) \leq k,d_E(x, y)
Implications
lipschitzienne    uniformeˊment continue    continue\text{lipschitzienne} \implies \text{uniformément continue} \implies \text{continue}

Les réciproques sont fausses en général. Exemple : x\sqrt{x} est uniformément continue sur [0,+[[0, +\infty[ mais pas lipschitzienne.

6. Compacité§

6.1 Définition par recouvrement ouvert§

Définition

(E,d)(E, d) est compact si de tout recouvrement ouvert de EE, on peut extraire un sous-recouvrement fini.

Formellement : si EiIUiE \subset \bigcup_{i \in I} U_i avec les UiU_i ouverts, alors il existe i1,,ini_1, \ldots, i_n tels que EUi1UinE \subset U_{i_1} \cup \cdots \cup U_{i_n}.

6.2 Caractérisation séquentielle (Bolzano-Weierstrass)§

Théorème (Bolzano-Weierstrass)

Dans un espace métrique, KK est compact si et seulement si toute suite d’éléments de KK admet une sous-suite convergente (vers un élément de KK).

En pratique

C’est cette caractérisation séquentielle qu’on utilise le plus souvent en prépa.

6.3 Théorème de Heine-Borel§

Théorème (Heine-Borel)

Dans Rn\mathbb{R}^n (muni d’une norme quelconque) :

K compact    K fermeˊ et borneˊK \text{ compact} \iff K \text{ fermé et borné}
Spécificité de la dimension finie

Ce théorème est faux en dimension infinie. Par exemple, dans 2\ell^2, la boule unité fermée est fermée et bornée mais pas compacte.

6.4 Propriétés des compacts§

Théorème (Image continue d’un compact)

Si f:EFf : E \to F est continue et KEK \subset E est compact, alors f(K)f(K) est compact.

Conséquences immédiates :

Théorème des bornes atteintes

Si f:KRf : K \to \mathbb{R} est continue et KK est compact non vide, alors ff est bornée et atteint ses bornes. Il existe a,bKa, b \in K tels que f(a)=minKff(a) = \min_K f et f(b)=maxKff(b) = \max_K f.

Théorème de Heine

Si f:KFf : K \to F est continue et KK est compact, alors ff est uniformément continue.

Esquisse de preuve du théorème de Heine. Par l’absurde. Si ff n’est pas uniformément continue, il existe ε0>0\varepsilon_0 > 0 et des suites (xn),(yn)(x_n), (y_n) dans KK avec d(xn,yn)<1/nd(x_n, y_n) < 1/n mais d(f(xn),f(yn))ε0d(f(x_n), f(y_n)) \geq \varepsilon_0. Par compacité (Bolzano-Weierstrass), on extrait une sous-suite xφ(n)x_{\varphi(n)} \to \ell. Alors yφ(n)y_{\varphi(n)} \to \ell aussi (car d(xφ(n),yφ(n))0d(x_{\varphi(n)}, y_{\varphi(n)}) \to 0). Par continuité de ff en \ell : f(xφ(n))f()f(x_{\varphi(n)}) \to f(\ell) et f(yφ(n))f()f(y_{\varphi(n)}) \to f(\ell), donc d(f(xφ(n)),f(yφ(n)))0d(f(x_{\varphi(n)}), f(y_{\varphi(n)})) \to 0. Contradiction avec ε0\geq \varepsilon_0. \blacksquare

7. Connexité par arcs§

Définition

(E,d)(E, d) est connexe par arcs si pour tous x,yEx, y \in E, il existe un chemin continu γ:[0,1]E\gamma : [0, 1] \to E tel que γ(0)=x\gamma(0) = x et γ(1)=y\gamma(1) = y.

Propriétés
  • Un ouvert connexe par arcs de Rn\mathbb{R}^n est simplement appelé domaine.
  • Les convexes sont connexes par arcs (chemin : le segment [x,y][x, y]).
  • L’image continue d’un connexe par arcs est connexe par arcs.
  • Théorème des valeurs intermédiaires (généralisé) : si f:ERf : E \to \mathbb{R} est continue et EE connexe par arcs, alors f(E)f(E) est un intervalle.

8. Complétude§

8.1 Suites de Cauchy§

Définition

Une suite (xn)(x_n) dans (E,d)(E, d) est une suite de Cauchy si :

ε>0,,NN,,m,nN,d(xm,xn)<ε\forall \varepsilon > 0,, \exists N \in \mathbb{N},, \forall m, n \geq N, \quad d(x_m, x_n) < \varepsilon
Propriétés
  • Toute suite convergente est de Cauchy.
  • La réciproque est fausse en général (mais vraie dans les espaces complets).
  • Toute suite de Cauchy est bornée.
  • Si une suite de Cauchy admet une valeur d’adhérence, alors elle converge.

8.2 Espaces complets§

Définition

Un espace métrique (E,d)(E, d) est complet si toute suite de Cauchy dans EE converge dans EE.

Exemples
  • (R,)(\mathbb{R}, |\cdot|) est complet (propriété fondamentale de R\mathbb{R}).
  • (Rn,)(\mathbb{R}^n, |\cdot|) est complet (pour toute norme).
  • (C([a,b],R),d)(\mathcal{C}([a,b], \mathbb{R}), d_\infty) est complet : une suite de Cauchy pour la norme sup converge uniformément.
  • (Q,)(\mathbb{Q}, |\cdot|) n’est pas complet.
Propriétés
  • Un compact est complet (et borné).
  • Un sous-espace fermé d’un espace complet est complet.
  • Un sous-espace complet d’un espace métrique est fermé.

8.3 Théorème du point fixe de Banach§

Théorème (Point fixe de Banach / Contraction)

Soit (E,d)(E, d) un espace métrique complet et f:EEf : E \to E une application contractante, i.e., il existe k[0,1[k \in [0, 1[ tel que :

x,yE,d(f(x),f(y))k,d(x,y)\forall x, y \in E, \quad d(f(x), f(y)) \leq k,d(x, y)

Alors :

  1. ff admet un unique point fixe E\ell \in E : f()=f(\ell) = \ell.
  2. Pour tout x0Ex_0 \in E, la suite xn+1=f(xn)x_{n+1} = f(x_n) converge vers \ell.
  3. Estimation d’erreur : d(xn,)kn1k,d(x0,x1)d(x_n, \ell) \leq \dfrac{k^n}{1 - k},d(x_0, x_1).

Preuve.

Existence et convergence. Montrons que (xn)(x_n) est de Cauchy. On a d(xn+1,xn)k,d(xn,xn1)kn,d(x1,x0)d(x_{n+1}, x_n) \leq k,d(x_n, x_{n-1}) \leq \cdots \leq k^n,d(x_1, x_0). Pour m>nm > n :

d(xm,xn)j=nm1d(xj+1,xj)d(x1,x0)j=nm1kjkn1k,d(x1,x0)0d(x_m, x_n) \leq \sum_{j=n}^{m-1} d(x_{j+1}, x_j) \leq d(x_1, x_0)\sum_{j=n}^{m-1} k^j \leq \frac{k^n}{1-k},d(x_1, x_0) \to 0

Comme EE est complet, (xn)(x_n) converge vers un E\ell \in E.

Point fixe. Par continuité de ff (elle est lipschitzienne) : f()=f(limxn)=limf(xn)=limxn+1=f(\ell) = f(\lim x_n) = \lim f(x_n) = \lim x_{n+1} = \ell.

Unicité. Si f()=f(\ell) = \ell et f()=f(\ell') = \ell', alors d(,)=d(f(),f())k,d(,)d(\ell, \ell') = d(f(\ell), f(\ell')) \leq k,d(\ell, \ell'), ce qui impose d(,)=0d(\ell, \ell') = 0 car k<1k < 1. \blacksquare

Application : méthode de Newton simplifiée

Pour résoudre g(x)=0g(x) = 0, on réécrit sous la forme x=φ(x)x = \varphi(x) avec φ(x)<1|\varphi'(x)| < 1 sur un intervalle contenant la racine, puis on itère xn+1=φ(xn)x_{n+1} = \varphi(x_n).

Exemple : résoudre x=cos(x)x = \cos(x). On pose φ(x)=cos(x)\varphi(x) = \cos(x). On a φ(x)=sin(x)sin(1)0.84<1|\varphi'(x)| = |\sin(x)| \leq \sin(1) \approx 0.84 < 1 sur [0,1][0, 1]. Le théorème de Banach garantit l’existence d’un unique point fixe et la convergence de la suite itérée.

9. Relations entre les propriétés topologiques§

flowchart TD
    A["Compact"] --> B["Complet"]
    A --> C["Fermé et borné\n(dans R^n : équivalent)"]
    A --> D["Toute suite admet\nune sous-suite convergente"]
    A --> E["Toute fonction continue\nest bornée et atteint ses bornes"]
    A --> F["Continue ⟹\nuniformément continue\n(Heine)"]
    B --> G["Toute suite de Cauchy\nconverge"]
    H["Fermé dans\nun espace complet"] --> B
    I["Connexe\npar arcs"] --> J["f continue ⟹\nf(E) intervalle\n(TVI)"]

    style A fill:#4a90d9,color:#fff
    style B fill:#e6a817,color:#fff
    style I fill:#5cb85c,color:#fff

10. Exercices types corrigés§

Exercice 1 : Ouverts et fermés§

Énoncé

Dans (R2,d2)(\mathbb{R}^2, d_2), montrer que A=(x,y):x2+y2<1A = {(x, y) : x^2 + y^2 < 1} est ouvert et que B=(x,y):x2+y21B = {(x,y) : x^2 + y^2 \leq 1} est fermé.

Solution.

AA est ouvert. Soit (x0,y0)A(x_0, y_0) \in A, donc r0=x02+y02<1r_0 = \sqrt{x_0^2 + y_0^2} < 1. Posons ε=1r0>0\varepsilon = 1 - r_0 > 0. Pour tout (x,y)B((x0,y0),ε)(x,y) \in B((x_0,y_0), \varepsilon) :

x2+y2x02+y02+(xx0)2+(yy0)2<r0+ε=1\sqrt{x^2 + y^2} \leq \sqrt{x_0^2 + y_0^2} + \sqrt{(x-x_0)^2 + (y-y_0)^2} < r_0 + \varepsilon = 1

(par l’inégalité triangulaire), donc (x,y)A(x,y) \in A. Ainsi B((x0,y0),ε)AB((x_0,y_0), \varepsilon) \subset A.

BB est fermé. On montre que R2B=(x,y):x2+y2>1\mathbb{R}^2 \setminus B = {(x,y) : x^2 + y^2 > 1} est ouvert par un argument similaire. Alternativement : B=f1(],1])B = f^{-1}(]-\infty, 1])f(x,y)=x2+y2f(x,y) = x^2 + y^2 est continue, et ],1]]-\infty, 1] est fermé, donc BB est fermé.

Exercice 2 : Caractérisation séquentielle§

Énoncé

Montrer que Q\mathbb{Q} n’est ni ouvert ni fermé dans R\mathbb{R}.

Solution.

Q\mathbb{Q} n’est pas ouvert. Pour tout qQq \in \mathbb{Q} et tout r>0r > 0, l’intervalle ]qr,q+r[]q-r, q+r[ contient des irrationnels (densité de RQ\mathbb{R} \setminus \mathbb{Q}), donc B(q,r)⊄QB(q, r) \not\subset \mathbb{Q}.

Q\mathbb{Q} n’est pas fermé. Il existe des suites de rationnels qui convergent vers un irrationnel (par exemple qnq_n les troncatures décimales de 2\sqrt{2} : 1,1.4,1.41,1, 1.4, 1.41, \ldots). Donc Q\mathbb{Q} ne contient pas toutes ses valeurs d’adhérence.

Exercice 3 : Complétude§

Énoncé

Montrer que (C([0,1],R),)(\mathcal{C}([0,1], \mathbb{R}), |\cdot|_\infty) est complet.

Solution.

Soit (fn)(f_n) une suite de Cauchy pour |\cdot|_\infty.

Étape 1 : Pour chaque t[0,1]t \in [0,1], (fn(t))(f_n(t)) est de Cauchy dans R\mathbb{R} (car fn(t)fm(t)fnfm|f_n(t) - f_m(t)| \leq |f_n - f_m|_\infty). Comme R\mathbb{R} est complet, fn(t)f_n(t) converge. On pose f(t)=limnfn(t)f(t) = \lim_n f_n(t).

Étape 2 : Montrons que fnff_n \to f uniformément. Soit ε>0\varepsilon > 0. Il existe NN tel que pour m,nNm, n \geq N : fnfm<ε|f_n - f_m|_\infty < \varepsilon. En faisant m+m \to +\infty dans fn(t)fm(t)<ε|f_n(t) - f_m(t)| < \varepsilon (pour tout tt), on obtient fn(t)f(t)ε|f_n(t) - f(t)| \leq \varepsilon pour tout tt et tout nNn \geq N. Donc fnfε|f_n - f|_\infty \leq \varepsilon.

Étape 3 : ff est continue car elle est limite uniforme de fonctions continues. \blacksquare

Exercice 4 : Théorème du point fixe§

Énoncé

Soit f:[0,1][0,1]f : [0,1] \to [0,1] de classe C1\mathcal{C}^1 avec f(x)k<1|f'(x)| \leq k < 1 pour tout x[0,1]x \in [0,1]. Montrer que ff admet un unique point fixe.

Solution.

[0,1][0,1] est fermé dans R\mathbb{R} complet, donc complet. ff est kk-lipschitzienne avec k<1k < 1 (par le théorème des accroissements finis : f(x)f(y)kxy|f(x) - f(y)| \leq k|x-y|), et f([0,1])[0,1]f([0,1]) \subset [0,1].

Par le théorème du point fixe de Banach, ff admet un unique point fixe dans [0,1][0,1].

De plus, pour tout x0[0,1]x_0 \in [0,1], la suite xn+1=f(xn)x_{n+1} = f(x_n) converge vers ce point fixe avec xnkn1kf(x0)x0|x_n - \ell| \leq \dfrac{k^n}{1-k}|f(x_0) - x_0|.

Exercice 5 : Compacité et continuité§

Énoncé

Soit f:RRf : \mathbb{R} \to \mathbb{R} continue telle que limx+f(x)=+\lim_{|x| \to +\infty} f(x) = +\infty. Montrer que ff atteint son minimum.

Solution.

Comme f(x)+f(x) \to +\infty quand x+|x| \to +\infty, il existe R>0R > 0 tel que f(x)f(0)f(x) \geq f(0) pour tout xR|x| \geq R.

Le minimum de ff sur R\mathbb{R} est donc le même que le minimum de ff sur [R,R][-R, R].

Or [R,R][-R, R] est compact (fermé borné dans R\mathbb{R}) et ff est continue, donc par le théorème des bornes atteintes, ff atteint son minimum sur [R,R][-R, R], disons en a[R,R]a \in [-R, R].

Pour tout xRx \in \mathbb{R} : si xR|x| \leq R, f(x)f(a)f(x) \geq f(a) par définition. Si x>R|x| > R, f(x)f(0)f(a)f(x) \geq f(0) \geq f(a). Donc aa est un minimum global. \blacksquare

Exercice 6 : Application de Heine§

Énoncé

Montrer que f(x)=xf(x) = \sqrt{x} est uniformément continue sur [0,+[[0, +\infty[.

Solution.

Sur [0,1][0, 1] : [0,1][0,1] est compact et ff y est continue, donc uniformément continue par le théorème de Heine.

Sur [1,+[[1, +\infty[ : pour x,y1x, y \geq 1, xy=xyx+yxy2|\sqrt{x} - \sqrt{y}| = \dfrac{|x-y|}{\sqrt{x}+\sqrt{y}} \leq \dfrac{|x-y|}{2}, donc ff est 12\frac{1}{2}-lipschitzienne sur [1,+[[1, +\infty[, a fortiori uniformément continue.

Recollement : soit ε>0\varepsilon > 0. Il existe δ1>0\delta_1 > 0 tel que pour x,y[0,1]x, y \in [0,1] avec xy<δ1|x-y| < \delta_1, xy<ε|\sqrt{x}-\sqrt{y}| < \varepsilon. Sur [1,+[[1, +\infty[, δ2=2ε\delta_2 = 2\varepsilon convient. Posons δ=min(δ1,δ2,1)\delta = \min(\delta_1, \delta_2, 1).

Pour x,y[0,+[x, y \in [0, +\infty[ avec xy<δ|x-y| < \delta : si les deux sont dans [0,1][0,1] ou les deux dans [1,+[[1, +\infty[, c’est traité. Si l’un est dans [0,1][0,1] et l’autre dans [1,+[[1, +\infty[, alors xy<1|x-y| < 1 force les deux dans [0,2][0, 2] qui est compact, et on conclut de même. \blacksquare

Résumé des implications§

PropriétéImplique
CompactComplet, fermé, borné, séquentiellement compact
Complet + borné (dim. finie)Compact (si fermé)
LipschitzienneUniformément continue
Uniformément continueContinue
Continue sur compactUniformément continue (Heine)
Continue sur compact vers R\mathbb{R}Bornée et atteint ses bornes
Contraction sur espace completUnique point fixe

Voir aussi : Fonctions de Plusieurs Variables, Probabilités Prépa, Intégrales Généralisées