La topologie fournit le cadre rigoureux pour parler de « proximité », de convergence et de continuité, au-delà de R. En prépa, on travaille dans les espaces métriques, qui généralisent Rn muni de ses normes. Ce chapitre est fondamental : il sous-tend l’analyse fonctionnelle, les équations différentielles, et la théorie de l’intégration.
Tout espace vectoriel normé (E,∣⋅∣) est un espace métrique pour d(x,y)=∣x−y∣. Mais il existe des espaces métriques qui ne proviennent pas d’une norme (par exemple la distance discrète).
La distance discrète sur un ensemble E quelconque : d(x,y)=0 si x=y, d(x,y)=1 sinon. Elle vérifie les trois axiomes. Tout sous-ensemble est à la fois ouvert et fermé.
F⊂E est fermé si et seulement si toute suite d’éléments de F qui converge dans E a sa limite dans F.
Preuve.
(⇒) Soit (xn)⊂F avec xn→ℓ. Si ℓ∈/F, alors ℓ∈E∖F qui est ouvert, donc il existe r>0 avec B(ℓ,r)⊂E∖F. Mais xn→ℓ implique xn∈B(ℓ,r) pour n assez grand, contradiction avec xn∈F.
(⇐) Montrons que E∖F est ouvert. Si x∈E∖F et qu’il n’existe pas de boule B(x,r)⊂E∖F, alors pour tout n, il existe xn∈B(x,1/n)∩F. Alors xn→x et xn∈F, donc x∈F par hypothèse, contradiction. ■
f:E→F est continue en a si et seulement si pour toute suite (xn) convergeant vers a dans E, la suite (f(xn)) converge vers f(a) dans F.
Utilité
La caractérisation séquentielle est souvent plus facile à utiliser que la définition ε-δ. Elle est aussi très utile pour montrer qu’une fonction n’est pas continue (il suffit d’exhiber une suite).
La continuité simple dit : « pour chaque a, il existe δ (qui peut dépendre de a) ». La continuité uniforme dit : « il existe δ qui marche pour tous les a en même temps ».
Si f:E→F est continue et K⊂E est compact, alors f(K) est compact.
Conséquences immédiates :
Théorème des bornes atteintes
Si f:K→R est continue et K est compact non vide, alors f est bornée et atteint ses bornes. Il existe a,b∈K tels que f(a)=minKf et f(b)=maxKf.
Théorème de Heine
Si f:K→F est continue et K est compact, alors f est uniformément continue.
Esquisse de preuve du théorème de Heine. Par l’absurde. Si f n’est pas uniformément continue, il existe ε0>0 et des suites (xn),(yn) dans K avec d(xn,yn)<1/n mais d(f(xn),f(yn))≥ε0. Par compacité (Bolzano-Weierstrass), on extrait une sous-suite xφ(n)→ℓ. Alors yφ(n)→ℓ aussi (car d(xφ(n),yφ(n))→0). Par continuité de f en ℓ : f(xφ(n))→f(ℓ) et f(yφ(n))→f(ℓ), donc d(f(xφ(n)),f(yφ(n)))→0. Contradiction avec ≥ε0. ■
Point fixe. Par continuité de f (elle est lipschitzienne) : f(ℓ)=f(limxn)=limf(xn)=limxn+1=ℓ.
Unicité. Si f(ℓ)=ℓ et f(ℓ′)=ℓ′, alors d(ℓ,ℓ′)=d(f(ℓ),f(ℓ′))≤k,d(ℓ,ℓ′), ce qui impose d(ℓ,ℓ′)=0 car k<1. ■
Application : méthode de Newton simplifiée
Pour résoudre g(x)=0, on réécrit sous la forme x=φ(x) avec ∣φ′(x)∣<1 sur un intervalle contenant la racine, puis on itère xn+1=φ(xn).
Exemple : résoudre x=cos(x). On pose φ(x)=cos(x). On a ∣φ′(x)∣=∣sin(x)∣≤sin(1)≈0.84<1 sur [0,1]. Le théorème de Banach garantit l’existence d’un unique point fixe et la convergence de la suite itérée.
flowchart TD
A["Compact"] --> B["Complet"]
A --> C["Fermé et borné\n(dans R^n : équivalent)"]
A --> D["Toute suite admet\nune sous-suite convergente"]
A --> E["Toute fonction continue\nest bornée et atteint ses bornes"]
A --> F["Continue ⟹\nuniformément continue\n(Heine)"]
B --> G["Toute suite de Cauchy\nconverge"]
H["Fermé dans\nun espace complet"] --> B
I["Connexe\npar arcs"] --> J["f continue ⟹\nf(E) intervalle\n(TVI)"]
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style B fill:#e6a817,color:#fff
style I fill:#5cb85c,color:#fff
Dans (R2,d2), montrer que A=(x,y):x2+y2<1 est ouvert et que B=(x,y):x2+y2≤1 est fermé.
Solution.
A est ouvert. Soit (x0,y0)∈A, donc r0=x02+y02<1. Posons ε=1−r0>0. Pour tout (x,y)∈B((x0,y0),ε) :
x2+y2≤x02+y02+(x−x0)2+(y−y0)2<r0+ε=1
(par l’inégalité triangulaire), donc (x,y)∈A. Ainsi B((x0,y0),ε)⊂A.
B est fermé. On montre que R2∖B=(x,y):x2+y2>1 est ouvert par un argument similaire. Alternativement : B=f−1(]−∞,1]) où f(x,y)=x2+y2 est continue, et ]−∞,1] est fermé, donc B est fermé.
Q n’est pas ouvert. Pour tout q∈Q et tout r>0, l’intervalle ]q−r,q+r[ contient des irrationnels (densité de R∖Q), donc B(q,r)⊂Q.
Q n’est pas fermé. Il existe des suites de rationnels qui convergent vers un irrationnel (par exemple qn les troncatures décimales de 2 : 1,1.4,1.41,…). Donc Q ne contient pas toutes ses valeurs d’adhérence.
Étape 1 : Pour chaque t∈[0,1], (fn(t)) est de Cauchy dans R (car ∣fn(t)−fm(t)∣≤∣fn−fm∣∞). Comme R est complet, fn(t) converge. On pose f(t)=limnfn(t).
Étape 2 : Montrons que fn→f uniformément. Soit ε>0. Il existe N tel que pour m,n≥N : ∣fn−fm∣∞<ε. En faisant m→+∞ dans ∣fn(t)−fm(t)∣<ε (pour tout t), on obtient ∣fn(t)−f(t)∣≤ε pour tout t et tout n≥N. Donc ∣fn−f∣∞≤ε.
Étape 3 : f est continue car elle est limite uniforme de fonctions continues. ■
Soit f:[0,1]→[0,1] de classe C1 avec ∣f′(x)∣≤k<1 pour tout x∈[0,1]. Montrer que f admet un unique point fixe.
Solution.
[0,1] est fermé dans R complet, donc complet. f est k-lipschitzienne avec k<1 (par le théorème des accroissements finis : ∣f(x)−f(y)∣≤k∣x−y∣), et f([0,1])⊂[0,1].
Par le théorème du point fixe de Banach, f admet un unique point fixe dans [0,1].
De plus, pour tout x0∈[0,1], la suite xn+1=f(xn) converge vers ce point fixe avec ∣xn−ℓ∣≤1−kkn∣f(x0)−x0∣.
Soit f:R→R continue telle que lim∣x∣→+∞f(x)=+∞. Montrer que f atteint son minimum.
Solution.
Comme f(x)→+∞ quand ∣x∣→+∞, il existe R>0 tel que f(x)≥f(0) pour tout ∣x∣≥R.
Le minimum de f sur R est donc le même que le minimum de f sur [−R,R].
Or [−R,R] est compact (fermé borné dans R) et f est continue, donc par le théorème des bornes atteintes, f atteint son minimum sur [−R,R], disons en a∈[−R,R].
Pour tout x∈R : si ∣x∣≤R, f(x)≥f(a) par définition. Si ∣x∣>R, f(x)≥f(0)≥f(a). Donc a est un minimum global. ■
Montrer que f(x)=x est uniformément continue sur [0,+∞[.
Solution.
Sur [0,1] : [0,1] est compact et f y est continue, donc uniformément continue par le théorème de Heine.
Sur [1,+∞[ : pour x,y≥1, ∣x−y∣=x+y∣x−y∣≤2∣x−y∣, donc f est 21-lipschitzienne sur [1,+∞[, a fortiori uniformément continue.
Recollement : soit ε>0. Il existe δ1>0 tel que pour x,y∈[0,1] avec ∣x−y∣<δ1, ∣x−y∣<ε. Sur [1,+∞[, δ2=2ε convient. Posons δ=min(δ1,δ2,1).
Pour x,y∈[0,+∞[ avec ∣x−y∣<δ : si les deux sont dans [0,1] ou les deux dans [1,+∞[, c’est traité. Si l’un est dans [0,1] et l’autre dans [1,+∞[, alors ∣x−y∣<1 force les deux dans [0,2] qui est compact, et on conclut de même. ■
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