L’algèbre linéaire constitue le socle fondamental des mathématiques de MPSI. Elle fournit un cadre abstrait et puissant pour l’étude des systèmes linéaires, de la géométrie et de l’analyse.
Programme
Ce chapitre couvre : espaces vectoriels, sous-espaces vectoriels, bases et dimension, applications linéaires, théorème du rang, somme directe et supplémentaires, projecteurs et symétries.
R est un Q-espace vectoriel (de dimension infinie !), mais Q n’est pas un R-espace vectoriel (la multiplication d’un rationnel par un irrationnel sort de Q).
L’intersection d’une famille quelconque de sous-espaces vectoriels de E est un sous-espace vectoriel de E.
Attention
La réunion de deux sev n’est en général pas un sev. Par exemple, dans R2, l’axe des abscisses ∪ l’axe des ordonnées n’est pas un sev (le vecteur (1,0)+(0,1)=(1,1) n’y appartient pas).
Sous-espace engendré. Soit S⊂E une partie. Le sous-espace vectoriel engendré par S est :
\text{Vect}(S) = \bigcap_{\substack{F \text{ sev de } E \ S \subset F}} F = \left{ \sum_{i=1}^{p} \lambda_i s_i ;\middle|; p \in \mathbb{N}^*,; \lambda_i \in K,; s_i \in S \right}
Toutes les bases d’un espace vectoriel de dimension finie ont le même nombre d’éléments. Ce nombre s’appelle la dimension de E, notée dim(E) ou dimK(E).
Toute famille libre peut être complétée en une base de E.
De toute famille génératrice, on peut extraire une base de E.
Esquisse de preuve (complétion)
Soit (v1,…,vp) une famille libre avec p<n. Si elle n’est pas génératrice, ∃,vp+1∈E∖Vect(v1,…,vp). Alors (v1,…,vp+1) est libre. On itère. En au plus n−p étapes, on obtient une famille libre de n vecteurs, donc une base.
5.3 Détermination d’une application linéaire par les images d’une base§
Théorème
Soit (e1,…,en) une base de E et f1,…,fn∈F des vecteurs quelconques. Alors il existe une unique application linéaire f:E→F telle que f(ei)=fi pour tout i.
Ce théorème montre qu’une application linéaire est entièrement déterminée par les images des vecteurs d’une base.
Soit f∈L(E,F) avec E de dimension finie. Alors Im(f) est de dimension finie et :
dim(E)=dim(kerf)+dim(Im,f)
Le rang de f est rg(f)=dim(Im,f).
Esquisse de preuve
Soit (e1,…,ep) une base de ker(f). Par la base incomplète, on la complète en une base (e1,…,ep,ep+1,…,en) de E. On montre que (f(ep+1),…,f(en)) est une base de Im(f).
Liberté : Si ∑i=p+1nλif(ei)=0, alors f!(∑λiei)=0, donc ∑λiei∈ker(f), d’où ∑λiei=∑j=1pμjej. Par liberté de la base, λi=0 pour tout i.
Génération : Tout y∈Im(f) s’écrit y=f!(∑i=1nαiei)=∑i=p+1nαif(ei).
Conclusion : dim(Im,f)=n−p, d’où le résultat.
Application
Soit f:R3→R2 définie par f(x,y,z)=(x+y,y+z).
ker(f)=(x,y,z)∣x+y=0,;y+z=0=Vect(1,−1,1)
Donc dim(kerf)=1
Par le théorème du rang : rg(f)=3−1=2
Comme dim(R2)=2, on a Im(f)=R2 : f est surjective.
F1 et F2 sont supplémentaires dans E si E=F1⊕F2, i.e. :
F1+F2=EetF1∩F2=0E
En dimension finie : E=F1⊕F2⟺dim(F1)+dim(F2)=dim(E) et F1∩F2=0.
Théorème — Existence de supplémentaires
En dimension finie, tout sous-espace vectoriel admet (au moins) un supplémentaire.
Attention
Le supplémentaire n’est pas unique en général. Par exemple dans R2, toute droite passant par l’origine est un supplémentaire de toute autre droite distincte passant par l’origine.
Soit E=F1⊕F2. La symétrie par rapport à F1 parallèlement à F2 est l’endomorphisme s tel que pour u=u1+u2 :
s(u)=u1−u2
Caractérisation :s∈L(E) est une symétrie ⟺s2=IdE (involution).
Lien projecteur-symétrie : s=2p−IdE et p=21(IdE+s).
10. Vue d’ensemble : relations entre les concepts§
graph TD
EV["Espace vectoriel E"] --> SEV["Sous-espace vectoriel F ⊂ E"]
EV --> FAM["Familles de vecteurs"]
FAM --> LIB["Famille libre"]
FAM --> GEN["Famille génératrice"]
LIB --> BASE["Base"]
GEN --> BASE
BASE --> DIM["Dimension dim(E)"]
EV --> AL["Application linéaire f : E → F"]
AL --> KER["Noyau ker(f)"]
AL --> IM["Image Im(f)"]
KER --> SEV
KER --> RANG["Théorème du rang<br>dim E = dim ker f + rg f"]
IM --> RANG
SEV --> SOMME["Somme F₁ + F₂"]
SEV --> INTER["Intersection F₁ ∩ F₂"]
SOMME --> SD["Somme directe F₁ ⊕ F₂"]
SD --> SUPP["Supplémentaires<br>E = F₁ ⊕ F₂"]
SUPP --> PROJ["Projecteur p² = p"]
SUPP --> SYM["Symétrie s² = Id"]
DIM --> GRASS["Formule de Grassmann"]
INTER --> GRASS
SOMME --> GRASS
AL --> ISO["Isomorphisme<br>(bijectif)"]
DIM --> ISO
style EV fill:#4a90d9,stroke:#333,color:#fff
style BASE fill:#e67e22,stroke:#333,color:#fff
style RANG fill:#e74c3c,stroke:#333,color:#fff
style SUPP fill:#2ecc71,stroke:#333,color:#fff
style DIM fill:#9b59b6,stroke:#333,color:#fff
Soit F=(x,y,z)∈R3∣x+2y−z=0. Montrer que F est un sev de R3, en déterminer une base et la dimension.
Solution :
1) F est un sev. On vérifie :
0R3=(0,0,0)∈F car 0+0−0=0. Donc F=∅.
Soient u=(x1,y1,z1)∈F, v=(x2,y2,z2)∈F et λ∈R.
Alors u+λv=(x1+λx2,;y1+λy2,;z1+λz2).
On vérifie : (x1+λx2)+2(y1+λy2)−(z1+λz2)==0(x1+2y1−z1)+λ=0(x2+2y2−z2)=0.
Donc F est un sev de R3.
2) Base et dimension. De x+2y−z=0, on tire x=−2y+z. Donc :
(x,y,z)=(−2y+z,;y,;z)=y(−2,1,0)+z(1,0,1)
La famille (−2,1,0),;(1,0,1) est génératrice de F. Elle est libre car les deux vecteurs ne sont pas colinéaires. C’est donc une base de F, et dim(F)=2.
Dans R3, soit F=Vect((1,1,0),(0,1,1)) et G=Vect((1,0,−1)). Montrer que R3=F⊕G et déterminer le projecteur sur F parallèlement à G.
Solution :
Somme directe :dim(F)=2, dim(G)=1, et dim(F)+dim(G)=3=dim(R3). Il suffit de vérifier que F∩G=0.
Si v∈F∩G, alors v=α(1,1,0)+β(0,1,1)=γ(1,0,−1), ce qui donne :
{α=γα+β=0β=−γ
De α=γ et β=−γ : α+β=γ−γ=0 (cohérent). Mais α=γ et β=−α, et la deuxième équation donne 0=0. Il faut un calcul plus fin.
Reprenons : (α,α+β,β)=(γ,0,−γ). Donc α=γ, α+β=0 d’où β=−α=−γ. Et β=−γ est cohérent. Donc les trois vecteurs forment un système lié ? Non : il faut vérifier si le déterminant est nul.
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