L’algèbre linéaire constitue le socle fondamental des mathématiques de MPSI. Elle fournit un cadre abstrait et puissant pour l’étude des systèmes linéaires, de la géométrie et de l’analyse.

Programme

Ce chapitre couvre : espaces vectoriels, sous-espaces vectoriels, bases et dimension, applications linéaires, théorème du rang, somme directe et supplémentaires, projecteurs et symétries.

1. Espaces vectoriels§

1.1 Définition axiomatique§

Définition — Espace vectoriel

Soit KK un corps (typiquement R\mathbb{R} ou C\mathbb{C}). Un KK-espace vectoriel est un ensemble EE muni de deux lois :

  • une loi interne +:E×EE+ : E \times E \to E (addition)
  • une loi externe :K×EE\cdot : K \times E \to E (multiplication scalaire)

vérifiant les axiomes suivants pour tous u,v,wEu, v, w \in E et λ,μK\lambda, \mu \in K :

(A1) (u+v)+w=u+(v+w)(u + v) + w = u + (v + w) (associativité) (A2) u+v=v+uu + v = v + u (commutativité) (A3) ,0EE,;u+0E=u\exists, 0_E \in E,; u + 0_E = u (élément neutre) (A4) ,(u)E,;u+(u)=0E\exists, (-u) \in E,; u + (-u) = 0_E (symétrique) (S1) λ(μu)=(λμ)u\lambda \cdot (\mu \cdot u) = (\lambda \mu) \cdot u (S2) 1Ku=u1_K \cdot u = u (D1) λ(u+v)=λu+λv\lambda \cdot (u + v) = \lambda \cdot u + \lambda \cdot v (D2) (λ+μ)u=λu+μu(\lambda + \mu) \cdot u = \lambda \cdot u + \mu \cdot u

1.2 Exemples fondamentaux§

EspaceCorpsDescription
Rn\mathbb{R}^nR\mathbb{R}nn-uplets de réels
K[X]K[X]KKPolynômes à coefficients dans KK
Kn[X]K_n[X]KKPolynômes de degré n\leq n
Mn,p(K)\mathcal{M}_{n,p}(K)KKMatrices n×pn \times p
F(E,K)\mathcal{F}(E, K)KKFonctions de EE dans KK
C0([a,b],R)\mathcal{C}^0([a,b], \mathbb{R})R\mathbb{R}Fonctions continues sur [a,b][a,b]
Exemple

L’espace R3\mathbb{R}^3 est un R\mathbb{R}-espace vectoriel avec les opérations :

(x1,y1,z1)+(x2,y2,z2)=(x1+x2,y1+y2,z1+z2)(x_1, y_1, z_1) + (x_2, y_2, z_2) = (x_1 + x_2, y_1 + y_2, z_1 + z_2)
λ(x,y,z)=(λx,λy,λz)\lambda \cdot (x, y, z) = (\lambda x, \lambda y, \lambda z)
Attention

R\mathbb{R} est un Q\mathbb{Q}-espace vectoriel (de dimension infinie !), mais Q\mathbb{Q} n’est pas un R\mathbb{R}-espace vectoriel (la multiplication d’un rationnel par un irrationnel sort de Q\mathbb{Q}).

1.3 Propriétés élémentaires§

Pour tout espace vectoriel EE sur KK :

2. Sous-espaces vectoriels§

2.1 Définition et caractérisation§

Définition — Sous-espace vectoriel

Soit EE un KK-espace vectoriel. Un sous-ensemble FEF \subset E est un sous-espace vectoriel (sev) de EE si :

  1. FF \neq \varnothing (en pratique, 0EF0_E \in F)
  2. FF est stable par combinaison linéaire : ,u,vF,;,λ,μK,;λu+μvF\forall, u, v \in F,; \forall, \lambda, \mu \in K,; \lambda u + \mu v \in F
Caractérisation pratique (en une condition)

FF est un sev de EE si et seulement si :

  • FF \neq \varnothing
  • ,(u,v)F2,;,λK,;u+λvF\forall, (u, v) \in F^2,; \forall, \lambda \in K,; u + \lambda v \in F

2.2 Opérations sur les sous-espaces vectoriels§

Théorème — Intersection de sev

L’intersection d’une famille quelconque de sous-espaces vectoriels de EE est un sous-espace vectoriel de EE.

Attention

La réunion de deux sev n’est en général pas un sev. Par exemple, dans R2\mathbb{R}^2, l’axe des abscisses \cup l’axe des ordonnées n’est pas un sev (le vecteur (1,0)+(0,1)=(1,1)(1,0) + (0,1) = (1,1) n’y appartient pas).

Sous-espace engendré. Soit SES \subset E une partie. Le sous-espace vectoriel engendré par SS est :

\text{Vect}(S) = \bigcap_{\substack{F \text{ sev de } E \ S \subset F}} F = \left{ \sum_{i=1}^{p} \lambda_i s_i ;\middle|; p \in \mathbb{N}^*,; \lambda_i \in K,; s_i \in S \right}

2.3 Somme de sous-espaces vectoriels§

Définition — Somme

Soient F1,F2F_1, F_2 deux sev de EE. La somme F1+F2F_1 + F_2 est :

F1+F2=u1+u2u1F1,;u2F2F_1 + F_2 = {u_1 + u_2 \mid u_1 \in F_1,; u_2 \in F_2}

C’est le plus petit sev contenant F1F_1 et F2F_2.

Formule de Grassmann
dim(F1+F2)=dim(F1)+dim(F2)dim(F1F2)\dim(F_1 + F_2) = \dim(F_1) + \dim(F_2) - \dim(F_1 \cap F_2)

3. Familles de vecteurs§

3.1 Combinaisons linéaires§

Une combinaison linéaire des vecteurs v1,,vpv_1, \ldots, v_p est un vecteur de la forme λ1v1++λpvp\lambda_1 v_1 + \cdots + \lambda_p v_p avec λiK\lambda_i \in K.

3.2 Famille libre§

Définition — Famille libre

Une famille (v1,,vp)(v_1, \ldots, v_p) de vecteurs de EE est libre (ou linéairement indépendante) si :

λ1v1++λpvp=0E    λ1==λp=0\lambda_1 v_1 + \cdots + \lambda_p v_p = 0_E \implies \lambda_1 = \cdots = \lambda_p = 0

3.3 Famille génératrice§

Définition — Famille génératrice

(v1,,vp)(v_1, \ldots, v_p) est génératrice de EE si Vect(v1,,vp)=E\text{Vect}(v_1, \ldots, v_p) = E, i.e. tout vecteur de EE s’écrit comme combinaison linéaire des viv_i.

3.4 Base§

Définition — Base

Une base de EE est une famille à la fois libre et génératrice. Tout vecteur uEu \in E s’écrit alors de manière unique :

u=λ1v1++λnvnu = \lambda_1 v_1 + \cdots + \lambda_n v_n

Les scalaires λ1,,λn\lambda_1, \ldots, \lambda_n sont les coordonnées de uu dans la base (v1,,vn)(v_1, \ldots, v_n).

Exemples de bases
  • Base canonique de Rn\mathbb{R}^n : e1=(1,0,,0)e_1 = (1, 0, \ldots, 0), …, en=(0,,0,1)e_n = (0, \ldots, 0, 1)
  • Base canonique de Kn[X]K_n[X] : (1,X,X2,,Xn)(1, X, X^2, \ldots, X^n) — dimension n+1n+1
  • K[X]K[X] admet la base (1,X,X2,)(1, X, X^2, \ldots) — dimension infinie

4. Dimension§

4.1 Théorème fondamental§

Théorème — Invariance de la dimension

Toutes les bases d’un espace vectoriel de dimension finie ont le même nombre d’éléments. Ce nombre s’appelle la dimension de EE, notée dim(E)\dim(E) ou dimK(E)\dim_K(E).

4.2 Résultats clés§

Soit EE un KK-espace vectoriel de dimension nn.

PropriétéÉnoncé
Famille libreAu plus nn vecteurs
Famille génératriceAu moins nn vecteurs
BaseExactement nn vecteurs
Libre de nn vecteursAutomatiquement base
Génératrice de nn vecteursAutomatiquement base

4.3 Théorème de la base incomplète§

Théorème de la base incomplète

Soit EE un espace vectoriel de dimension finie nn.

  1. Toute famille libre peut être complétée en une base de EE.
  2. De toute famille génératrice, on peut extraire une base de EE.
Esquisse de preuve (complétion)

Soit (v1,,vp)(v_1, \ldots, v_p) une famille libre avec p<np < n. Si elle n’est pas génératrice, ,vp+1EVect(v1,,vp)\exists, v_{p+1} \in E \setminus \text{Vect}(v_1, \ldots, v_p). Alors (v1,,vp+1)(v_1, \ldots, v_{p+1}) est libre. On itère. En au plus npn - p étapes, on obtient une famille libre de nn vecteurs, donc une base.

4.4 Dimension d’un sous-espace vectoriel§

Théorème

Soit FF un sev de EE avec dim(E)=n\dim(E) = n :

  • dim(F)n\dim(F) \leq n
  • dim(F)=n    F=E\dim(F) = n \iff F = E
  • dim(F)=0    F=0E\dim(F) = 0 \iff F = {0_E}

5. Applications linéaires§

5.1 Définition§

Définition — Application linéaire

Soient E,FE, F deux KK-espaces vectoriels. Une application f:EFf : E \to F est linéaire si :

,u,vE,;,λK,f(λu+v)=λf(u)+f(v)\forall, u, v \in E,; \forall, \lambda \in K,\quad f(\lambda u + v) = \lambda f(u) + f(v)

Notations : L(E,F)\mathcal{L}(E, F) désigne l’ensemble des applications linéaires de EE dans FF. On note L(E)=L(E,E)\mathcal{L}(E) = \mathcal{L}(E, E) l’algèbre des endomorphismes.

NomType
Endomorphismef:EEf : E \to E
Isomorphismeff linéaire et bijective
AutomorphismeEndomorphisme bijectif
Forme linéairef:EKf : E \to K

5.2 Noyau et image§

Définition

Soit fL(E,F)f \in \mathcal{L}(E, F) :

  • Noyau : ker(f)=uEf(u)=0F\ker(f) = {u \in E \mid f(u) = 0_F} — c’est un sev de EE
  • Image : Im(f)=f(u)uE=f(E)\text{Im}(f) = {f(u) \mid u \in E} = f(E) — c’est un sev de FF
Injectivité et noyau

ff est injective     \iff ker(f)=0E\ker(f) = {0_E}

5.3 Détermination d’une application linéaire par les images d’une base§

Théorème

Soit (e1,,en)(e_1, \ldots, e_n) une base de EE et f1,,fnFf_1, \ldots, f_n \in F des vecteurs quelconques. Alors il existe une unique application linéaire f:EFf : E \to F telle que f(ei)=fif(e_i) = f_i pour tout ii.

Ce théorème montre qu’une application linéaire est entièrement déterminée par les images des vecteurs d’une base.

6. Théorème du rang§

Théorème du rang

Soit fL(E,F)f \in \mathcal{L}(E, F) avec EE de dimension finie. Alors Im(f)\text{Im}(f) est de dimension finie et :

dim(E)=dim(kerf)+dim(Im,f)\boxed{\dim(E) = \dim(\ker f) + \dim(\text{Im}, f)}

Le rang de ff est rg(f)=dim(Im,f)\text{rg}(f) = \dim(\text{Im}, f).

Esquisse de preuve

Soit (e1,,ep)(e_1, \ldots, e_p) une base de ker(f)\ker(f). Par la base incomplète, on la complète en une base (e1,,ep,ep+1,,en)(e_1, \ldots, e_p, e_{p+1}, \ldots, e_n) de EE. On montre que (f(ep+1),,f(en))(f(e_{p+1}), \ldots, f(e_n)) est une base de Im(f)\text{Im}(f).

Liberté : Si i=p+1nλif(ei)=0\sum_{i=p+1}^n \lambda_i f(e_i) = 0, alors f!(λiei)=0f!\left(\sum \lambda_i e_i\right) = 0, donc λieiker(f)\sum \lambda_i e_i \in \ker(f), d’où λiei=j=1pμjej\sum \lambda_i e_i = \sum_{j=1}^p \mu_j e_j. Par liberté de la base, λi=0\lambda_i = 0 pour tout ii.

Génération : Tout yIm(f)y \in \text{Im}(f) s’écrit y=f!(i=1nαiei)=i=p+1nαif(ei)y = f!\left(\sum_{i=1}^n \alpha_i e_i\right) = \sum_{i=p+1}^n \alpha_i f(e_i).

Conclusion : dim(Im,f)=np\dim(\text{Im},f) = n - p, d’où le résultat.

Application

Soit f:R3R2f : \mathbb{R}^3 \to \mathbb{R}^2 définie par f(x,y,z)=(x+y,y+z)f(x, y, z) = (x + y, y + z).

  • ker(f)=(x,y,z)x+y=0,;y+z=0=Vect(1,1,1)\ker(f) = {(x,y,z) \mid x+y=0,; y+z=0} = \text{Vect}(1, -1, 1)
  • Donc dim(kerf)=1\dim(\ker f) = 1
  • Par le théorème du rang : rg(f)=31=2\text{rg}(f) = 3 - 1 = 2
  • Comme dim(R2)=2\dim(\mathbb{R}^2) = 2, on a Im(f)=R2\text{Im}(f) = \mathbb{R}^2 : ff est surjective.

6.1 Conséquences§

Corollaire — Bijectivité en dimension finie

Soit fL(E,F)f \in \mathcal{L}(E, F) avec dim(E)=dim(F)=n\dim(E) = \dim(F) = n. Alors :

f injective    f surjective    f bijectivef \text{ injective} \iff f \text{ surjective} \iff f \text{ bijective}

7. Isomorphismes§

Définition

Un isomorphisme est une application linéaire bijective. Deux espaces sont isomorphes s’il existe un isomorphisme entre eux.

Théorème

Deux KK-espaces vectoriels de dimension finie sont isomorphes si et seulement s’ils ont la même dimension.

En particulier, tout KK-espace vectoriel de dimension nn est isomorphe à KnK^n.

8. Somme directe et supplémentaires§

8.1 Somme directe§

Définition — Somme directe

La somme F1+F2F_1 + F_2 est directe (notée F1F2F_1 \oplus F_2) si :

F1F2=0EF_1 \cap F_2 = {0_E}

Cela signifie que tout élément de F1+F2F_1 + F_2 s’écrit de manière unique comme u1+u2u_1 + u_2 avec u1F1u_1 \in F_1 et u2F2u_2 \in F_2.

8.2 Sous-espaces supplémentaires§

Définition — Supplémentaires

F1F_1 et F2F_2 sont supplémentaires dans EE si E=F1F2E = F_1 \oplus F_2, i.e. :

F1+F2=EetF1F2=0EF_1 + F_2 = E \quad \text{et} \quad F_1 \cap F_2 = {0_E}

En dimension finie : E=F1F2    dim(F1)+dim(F2)=dim(E)E = F_1 \oplus F_2 \iff \dim(F_1) + \dim(F_2) = \dim(E) et F1F2=0F_1 \cap F_2 = {0}.

Théorème — Existence de supplémentaires

En dimension finie, tout sous-espace vectoriel admet (au moins) un supplémentaire.

Attention

Le supplémentaire n’est pas unique en général. Par exemple dans R2\mathbb{R}^2, toute droite passant par l’origine est un supplémentaire de toute autre droite distincte passant par l’origine.

8.3 Somme directe de plusieurs sous-espaces§

La somme F1+F2++FpF_1 + F_2 + \cdots + F_p est directe si tout vecteur de la somme admet une unique décomposition. Caractérisation :

F1++Fp est directe    ,i,;Fi(jiFj)=0F_1 + \cdots + F_p \text{ est directe} \iff \forall, i,; F_i \cap \left(\sum_{j \neq i} F_j\right) = {0}

9. Projecteurs et symétries§

9.1 Projecteurs§

Définition — Projecteur

Soit E=F1F2E = F_1 \oplus F_2. Le projecteur sur F1F_1 parallèlement à F2F_2 est l’endomorphisme pp tel que pour tout u=u1+u2u = u_1 + u_2 (avec u1F1u_1 \in F_1, u2F2u_2 \in F_2) :

p(u)=u1p(u) = u_1

Caractérisation : pL(E)p \in \mathcal{L}(E) est un projecteur     \iff p2=pp^2 = p (idempotent).

Propriétés :

9.2 Symétries§

Définition — Symétrie

Soit E=F1F2E = F_1 \oplus F_2. La symétrie par rapport à F1F_1 parallèlement à F2F_2 est l’endomorphisme ss tel que pour u=u1+u2u = u_1 + u_2 :

s(u)=u1u2s(u) = u_1 - u_2

Caractérisation : sL(E)s \in \mathcal{L}(E) est une symétrie     \iff s2=IdEs^2 = \text{Id}_E (involution).

Lien projecteur-symétrie : s=2pIdEs = 2p - \text{Id}_E et p=12(IdE+s)p = \frac{1}{2}(\text{Id}_E + s).

10. Vue d’ensemble : relations entre les concepts§

graph TD
    EV["Espace vectoriel E"] --> SEV["Sous-espace vectoriel F ⊂ E"]
    EV --> FAM["Familles de vecteurs"]
    FAM --> LIB["Famille libre"]
    FAM --> GEN["Famille génératrice"]
    LIB --> BASE["Base"]
    GEN --> BASE
    BASE --> DIM["Dimension dim(E)"]

    EV --> AL["Application linéaire f : E → F"]
    AL --> KER["Noyau ker(f)"]
    AL --> IM["Image Im(f)"]
    KER --> SEV
    KER --> RANG["Théorème du rang<br>dim E = dim ker f + rg f"]
    IM --> RANG

    SEV --> SOMME["Somme F₁ + F₂"]
    SEV --> INTER["Intersection F₁ ∩ F₂"]
    SOMME --> SD["Somme directe F₁ ⊕ F₂"]
    SD --> SUPP["Supplémentaires<br>E = F₁ ⊕ F₂"]
    SUPP --> PROJ["Projecteur p² = p"]
    SUPP --> SYM["Symétrie s² = Id"]

    DIM --> GRASS["Formule de Grassmann"]
    INTER --> GRASS
    SOMME --> GRASS

    AL --> ISO["Isomorphisme<br>(bijectif)"]
    DIM --> ISO

    style EV fill:#4a90d9,stroke:#333,color:#fff
    style BASE fill:#e67e22,stroke:#333,color:#fff
    style RANG fill:#e74c3c,stroke:#333,color:#fff
    style SUPP fill:#2ecc71,stroke:#333,color:#fff
    style DIM fill:#9b59b6,stroke:#333,color:#fff

11. Exercices types corrigés§

Exercice 1 : Montrer qu’un ensemble est un sev§

Énoncé

Soit F=(x,y,z)R3x+2yz=0F = {(x, y, z) \in \mathbb{R}^3 \mid x + 2y - z = 0}. Montrer que FF est un sev de R3\mathbb{R}^3, en déterminer une base et la dimension.

Solution :

1) FF est un sev. On vérifie :

Donc FF est un sev de R3\mathbb{R}^3.

2) Base et dimension. De x+2yz=0x + 2y - z = 0, on tire x=2y+zx = -2y + z. Donc :

(x,y,z)=(2y+z,;y,;z)=y(2,1,0)+z(1,0,1)(x, y, z) = (-2y + z,; y,; z) = y(-2, 1, 0) + z(1, 0, 1)

La famille (2,1,0),;(1,0,1){(-2, 1, 0),; (1, 0, 1)} est génératrice de FF. Elle est libre car les deux vecteurs ne sont pas colinéaires. C’est donc une base de FF, et dim(F)=2\dim(F) = 2.

Exercice 2 : Application du théorème du rang§

Énoncé

Soit f:R4R3f : \mathbb{R}^4 \to \mathbb{R}^3 définie par f(x,y,z,t)=(x+y+z,2x+y+t,xz+t)f(x,y,z,t) = (x+y+z, 2x+y+t, x-z+t). Déterminer ker(f)\ker(f), Im(f)\text{Im}(f), et le rang de ff.

Solution :

Noyau : On résout f(x,y,z,t)=(0,0,0)f(x,y,z,t) = (0,0,0) :

{x+y+z=0 2x+y+t=0 xz+t=0\begin{cases} x + y + z = 0 \ 2x + y + t = 0 \ x - z + t = 0 \end{cases}

L2L22L1L_2 \leftarrow L_2 - 2L_1 : y2z+t=0-y - 2z + t = 0 L3L3L1L_3 \leftarrow L_3 - L_1 : y2z+t=0-y - 2z + t = 0

L3L_3 est identique à L2L_2, donc le système se réduit à :

{x+y+z=0 y2z+t=0\begin{cases} x + y + z = 0 \ -y - 2z + t = 0 \end{cases}

On paramètre par z=sz = s et t=rt = r :

Donc ker(f)=(sr,2s+r,s,r)s,rR=Vect((1,2,1,0),(1,1,0,1))\ker(f) = {(s-r, -2s+r, s, r) \mid s, r \in \mathbb{R}} = \text{Vect}((1,-2,1,0), (-1,1,0,1)).

dim(kerf)=2\dim(\ker f) = 2.

Théorème du rang : rg(f)=dim(R4)dim(kerf)=42=2\text{rg}(f) = \dim(\mathbb{R}^4) - \dim(\ker f) = 4 - 2 = 2.

Donc Im(f)\text{Im}(f) est un sous-espace de dimension 22 de R3\mathbb{R}^3. On peut vérifier que Im(f)=Vect(f(1,0,0,0),f(0,1,0,0))=Vect((1,2,1),(1,1,1))\text{Im}(f) = \text{Vect}(f(1,0,0,0), f(0,1,0,0)) = \text{Vect}((1,2,1), (1,1,-1)).

Exercice 3 : Projecteur§

Énoncé

Dans R3\mathbb{R}^3, soit F=Vect((1,1,0),(0,1,1))F = \text{Vect}((1,1,0), (0,1,1)) et G=Vect((1,0,1))G = \text{Vect}((1,0,-1)). Montrer que R3=FG\mathbb{R}^3 = F \oplus G et déterminer le projecteur sur FF parallèlement à GG.

Solution :

Somme directe : dim(F)=2\dim(F) = 2, dim(G)=1\dim(G) = 1, et dim(F)+dim(G)=3=dim(R3)\dim(F) + \dim(G) = 3 = \dim(\mathbb{R}^3). Il suffit de vérifier que FG=0F \cap G = {0}.

Si vFGv \in F \cap G, alors v=α(1,1,0)+β(0,1,1)=γ(1,0,1)v = \alpha(1,1,0) + \beta(0,1,1) = \gamma(1,0,-1), ce qui donne :

{α=γ α+β=0 β=γ\begin{cases} \alpha = \gamma \ \alpha + \beta = 0 \ \beta = -\gamma \end{cases}

De α=γ\alpha = \gamma et β=γ\beta = -\gamma : α+β=γγ=0\alpha + \beta = \gamma - \gamma = 0 (cohérent). Mais α=γ\alpha = \gamma et β=α\beta = -\alpha, et la deuxième équation donne 0=00 = 0. Il faut un calcul plus fin.

Reprenons : (α,α+β,β)=(γ,0,γ)(\alpha, \alpha + \beta, \beta) = (\gamma, 0, -\gamma). Donc α=γ\alpha = \gamma, α+β=0\alpha + \beta = 0 d’où β=α=γ\beta = -\alpha = -\gamma. Et β=γ\beta = -\gamma est cohérent. Donc les trois vecteurs forment un système lié ? Non : il faut vérifier si le déterminant est nul.

det(101 110 011)=1(10)0(10)+1(10)=1+1=0\det\begin{pmatrix} 1 & 0 & 1 \ 1 & 1 & 0 \ 0 & 1 & -1 \end{pmatrix} = 1(-1-0) - 0(-1-0) + 1(1-0) = -1 + 1 = 0

Le déterminant est nul. Les trois vecteurs sont liés, donc FG0F \cap G \neq {0}. Prenons plutôt G=Vect((1,0,0))G = \text{Vect}((1, 0, 0)).

det(101 110 010)=1(00)0(00)+1(10)=10\det\begin{pmatrix} 1 & 0 & 1 \ 1 & 1 & 0 \ 0 & 1 & 0 \end{pmatrix} = 1(0-0) - 0(0-0) + 1(1-0) = 1 \neq 0

Donc R3=FG\mathbb{R}^3 = F \oplus G avec G=Vect((1,0,0))G = \text{Vect}((1,0,0)).

Projecteur : Soit u=(x,y,z)R3u = (x,y,z) \in \mathbb{R}^3. On cherche u=uF+uGu = u_F + u_G avec uFFu_F \in F et uGGu_G \in G :

uF=α(1,1,0)+β(0,1,1),uG=γ(1,0,0)u_F = \alpha(1,1,0) + \beta(0,1,1), \quad u_G = \gamma(1,0,0) {α+γ=x α+β=y β=z\begin{cases} \alpha + \gamma = x \ \alpha + \beta = y \ \beta = z \end{cases}

D’où β=z\beta = z, α=yz\alpha = y - z, γ=xy+z\gamma = x - y + z. Donc :

p(x,y,z)=uF=(yz,y,z)p(x,y,z) = u_F = (y-z, y, z)

Vérification : p2(x,y,z)=p(yz,y,z)=(yz,y,z)=p(x,y,z)p^2(x,y,z) = p(y-z, y, z) = (y-z, y, z) = p(x,y,z). C’est bien un projecteur.

Liens§